Histoire de couleurs - La sélection du week-end

08 Juin 2017
Paul Bert Serpette

Les couleurs ne sont pas anodines. Elles véhiculent des valeurs, des préjugés, une histoire. Acidulées, fruitées, terreuses, primaires, elles pèsent sur notre imaginaire. Elles ne sont ni immuables ni universelles comme l’a parfaitement montré Michel Pastoureau dans son Petit livre des couleurs paru en 2007. Les couleurs se sont transformées au fil du temps et notre appareil sensoriel s’est lui-même modifié. On prétend que l’homme peut distinguer des millions de couleurs !

Des parois des grottes qui se parent de noir et d’ocre au nuancier des ateliers de tapisserie qui compte plus de 20 000 coloris, la couleur est partout, mais sa perception et son langage ne sont pas universels. Elle peut couvrir une surface, habiller les objets du quotidien, les sculptures ou l’architecture. Les peintres jouent des trois couleurs primaires, les mélangent, les associent, les opposent.

En Occident, dans un premier temps, les couleurs sont fortement connectées à la religion qui en établie les valeurs comme par exemple le bleu devenant à partir du XIIIe siècle la couleur de la chrétienté. Les couleurs médiévales que sont le noir, le rouge, le jaune, le bleu, le blanc et le vert se diffusent dans les vêtements et dans les églises. Au début du XIVe siècle, les théories sur la couleur issues de l’Antiquité et du Moyen-âge continuent à prédominer, alors que parallèlement on découvre que l’ensemble des couleurs peuvent être obtenues à partir d’une base de trois couleurs primaires : le bleu, le rouge et le jaune. Au XVIIIe siècle, la couleur est considérée comme devant donner la vie aux œuvres. Le XIXe et le XXe siècle sont les siècles de la libération de la couleur. En peinture, on observe des grands aplats de couleurs avec les nabis, un appel à la sensorialité du spectateur dans l’expressionnisme et la liberté de la couleur avec le fauvisme.

Dans l’art asiatique, la gamme chromatique est plus réduite et les couleurs les plus présentes sont le noir, le rouge, le bleu, l’ocre, le jaune et le blanc comme on peut l’apercevoir dans les objets décorés de laque.

Les arts du feu comme la céramique et la verrerie ont également une grande étendue dans la palette chromatique s’étendant du noir, au jaune, en passant par le rose, le turquoise ou le violet. Ces nuances sont obtenues à l’aide de pigments. Au départ d’origine naturelle, ces derniers ont pour beaucoup été reproduits par synthèse chimique à partir du XIXe siècle. A partir de cette chimie, il devient alors possible de laisser libre cours à sa créativité tout en gardant l’importance de la symbolique des couleurs. Au milieu du XXe siècle, les nouveaux matériaux tels que le plastique ou le polyuréthane permettent au mobilier et objets du quotidien d’arborer de magnifiques couleurs vives comme les chaises S de Verner Panton pour Herman Miller en 1967.