Corinne Lexcellentet Henri Pelazzo, Les Amoureux des antiquités

Si vous connaissez Henri, vous connaissez Corinne. Si vous connaissez Corinne, vous connaissez forcément Henri. Et si vous ne les connaissez pas, demandez autour de vous où sont « les Lyonnais ». Immanquablement, on vous indiquera le 12 allée 3 à Serpette. Vous y ferez la connaissance d’un couple avenant, lançant en cœur des « Bonjour », « Hello », « Ciao » aux décorateurs matinaux du vendredi qui tous s’arrêtent sur leur stand. Pendant que l’un montre, conseille, explique, l’autre, en retrait, note soigneusement ce que le client a retenu pour qu’il reparte immédiatement avec sa liste en main. Efficace, rapide et soigné. Un vrai travail d’équipe.

UNE RENCONTRE RUE DROUOT Fils de marchand, Henri, encore étudiant, décide d’aller faire un tour du côté de Drouot pour parfaire sa connaissance du milieu. Hasard de la vie, il y rencontre une autre stagiaire, Corinne, toute aussi passionnée mais pas du tout du sérail. C’est son grand-père ébéniste qui lui a transmis l’amour des objets et de la matière. Rapidement une évidence s’impose. Ces deux-là vont travailler ensemble, joindre leurs forces et partir à deux à la recherche d’antiquités. Après la théorie apprise à Drouot, il est temps de passer à la pratique. Ils sillonnent alors les routes de France, du Nord au Sud, sans point fixe. De foire en déballage, de déballage en foire, ils chinent, achètent et vendent de marchand à marchand. Ils apprennent sur le terrain à la fois la géographie de la France et son histoire à travers son mobilier ou ses tableaux. Bientôt, ils en ont fait le tour et aspirent à s’installer. Sur la route, tous les chemins des antiquaires mènent aux Puces de Saint-Ouen et plus précisément à Paul Bert Serpette. C’est là qu’il faut être, c’est là qu’ils posent leurs valises en 2000.

UNE SEULE RÈGLE, C’EST QU’IL N’Y EN A PAS « On ne chine jamais deux fois le même objet, théorise Henri, et c’est ce qui fait se lever chaque matin. » Là est tout le sel de ce métier : l’inattendu, le hasard, voire l’irrationnel. Ne jamais trouver ce que l’on cherche, se laisser surprendre et miser sur la pièce qui vous tape dans l’œil. C’est un jeu où l’on ne peut tout maîtriser et où l’amoureux a un rôle à jouer. Il arrive que, dans leur chine en duo, les Lyonnais soient en désaccord. L’autre devient alors la première personne à convaincre, son premier client. Il est aussi et surtout un garde-fou : il raisonne parfois, rassure souvent et permet toujours de ne pas s’égarer en route. Ce binôme inséparable a ainsi trouvé son équilibre.

LE CHOIX DE L’ANACHRONISME Pas de grammaire qui tienne en matière de décoration ! Henri et Corinne se moquent des concordances de temps. Sur leur stand, la scénographie fait fi du Bescherelle. Un imposant bouquet en laiton doré des années 70 côtoie une commode Vallée du Rhône XVIIIe en noyer qui, elle-même, ne rougit pas de son voisinage avec deux tables de Robert Thibier. Leur stand est une ambiance, un intérieur fantasmé où ils aimeraient vivre. Et c’est là le drame de tout marchand : posséder pendant un temps limité ce que l’on aime mais toujours devoir s’en séparer. Car leur premier amour à tous les deux, c’est l’objet qui toujours les trouve même quand ils ne le cherchent pas. « Ça ne vous quitte jamais. » Ainsi de cette veille de Noël, partis en quête des cadeaux de dernière minute, ils tombent tous deux nez-à-nez avec un magnifique lustre Baguès dans une boutique de Bastille. Sans argent professionnel, ils convainquent la vendeuse qui fermait boutique de les attendre. Henri court chercher l’argent et la voiture, pendant que Corinne l’attend près du lustre. Un vrai travail d’équipe, je vous dis.

Corinne Lexcellent & Henri Pelazzo, stand 12, allée 3, Serpette

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