Elise Jullien, une Haute idée des antiquités

La discrète Elise Jullien cache bien son jeu. Dans son petit stand aux murs écarlates, elle agence dans de savantes présentations ses trouvailles de la semaine. Éparpillés dans la boutique, des livres, catalogues et monographies pour étayer et préciser les histoires des nombreux trésors de la Haute époque qui l’entourent. Car Elise fait partie de ces têtes chercheuses qui ont fait le pari de dénicher dans la vraie vie ce qu’elles trouvaient dans les livres. Un pari qui lui réussit.

UNE CONNAISSANCE LIVRESQUE Cela fait six ans. Six ans qu’Elise a découvert Paul Bert Serpette et n’a plus quitté ce marché. D’abord stagiaire, elle y a rapidement ouvert son stand, prise au jeu des antiquités. Formée à l’IESA, cette étudiante en littérature du Moyen-Age s’est essayé au design moderne avant de retourner à ses premières amours : la Haute époque. Son ambition : acquérir, promouvoir et défendre ces pièces muséales qui peuplent les romans de Chrétien de Troyes et Rabelais. Elle a pour elle la passion, la connaissance des textes et surtout la singularité de cette période rare aux Puces. UN AUTRE MOYEN-AGE Il faut dire que très peu d’objets sont arrivés jusqu’à nous. A l’époque déjà, la production de pièces était limitée. L’Eglise en était le principal commanditaire. Uniques, faits-mains, d’une qualité rare et délicate, ces objets n’appartiennent pas au domaine de la décoration mais à celui de la rêverie et de l’Histoire. Leur finesse et leurs subtilités passionnent Elise. Laissez-la vous expliquer l’évolution du style du perizonium, nom savant de l’étoffe qui couvre les hanches du Christ : plus on avance dans le temps, plus il rétrécit ! De même, avant la Contre-Réforme, la Vierge extatique montre très souvent ses seins. Les peintres profitant du sujet pieux pour ravir les yeux de leurs commanditaires. Ce qui se cache derrière l’image, voilà l’enjeu pour Elise.

UNE INSPIRANTE RENAISSANCE A la différence du Moyen-Age, la Renaissance est une formidable période de liberté et de production artistique. Tournant dans l’histoire de l’art, elle redécouvre l’Antique et établit de nouveaux canons. Des modèles qui sont interprétés chaque fois différemment par les artistes, chacun s’appropriant le travail de l’autre et brouillant les pistes. Commence alors le jeu préféré d’Elise : remonter la source d’une œuvre, trouver son auteur, débrouiller ses origines. Car quel plus beau cadeau que de tenir entre ses doigts un verre du XVe, miraculé des âges ? Ou ce portrait de femme d’Italie du Nord, dont Elise garde un souvenir vivace. Un portrait sur terre cuite, matériau dont les qualités épidermiques permettent un rendu d’une saisissante véracité. Quoi de plus fragile que du verre ou qu’une terre cuite ? Et pourtant, ils sont là. Encore et toujours. Et nous inspirent et nous émeuvent. Encore et toujours. Toucher un passé éloigné. C’est pour ce rêve qu’Elise s’est lancée. Telle une Mme Bovary de la Renaissance, elle voulait rentrer dans les livres. C’est sa quête du Graal à elle.

Elise Jullien, stand 5, allée 4, Serpette