Gilles Oudin, Un Antiquaire industrieux

Salopette et lunettes rouges à la Coluche, Gilles Oudin n’a pourtant rien d’un rigolo. Son métier, il le connaît. Il le pratique depuis sa majorité. Son mobilier aussi. Il en est même l’un des spécialistes mondiaux. Industriel ou plutôt professionnel, il est celui des établis, des ateliers et des chantiers. Tout un monde moderne né au début du siècle dernier dont Gilles connaît l’histoire par cœur.

PIONNIER DU MOBILIER INDUSTRIEL C’est encore étudiant en école d’agriculture que Gilles se lance dans le commerce d’antiquités. Profitant de sa vie à la campagne pour chiner en semaine, il vend ses trouvailles à Paris le week-end. A la création de Serpette en 1977, il est l’un des premiers à y ouvrir un stand. Stand qu’il double d’une boutique à Paris dans le 2e d’abord puis dans le 9e ensuite. Fin 80 début 90, lassé du mobilier classique, il se tourne vers les usines et entreprises dont on déstocke les équipements. Il pousse alors les portes d’un monde inconnu et encore dénigré qui ne demande qu’à être exploré. DES USINES AUX FOYERS Gilles vous le racontera, le grand bouleversement a lieu après la Première guerre mondiale. Les entreprises se (re)montent. Les cheminées s’activent. Les catalogues de quincaillerie explosent. Le travail se modernise et la place de l’ouvrier dans l’atelier devient un enjeu. Les designers se penchent sur la question du corps au travail et innovent en adaptant le mobilier à chaque métier. Innovations qui polliniseront bientôt la sphère familiale et pénétreront dans les intérieurs. Ainsi de la chaise pliante, connue de tous aujourd’hui, qui, inventée en 1920 par deux frères américains installés en France sous le nom Bienaise est à l’origine conçue pour les ateliers.

SAUVER UN PATRIMOINE Moules à bouton, ranges-clous, éclairage de salles d’opération, moulages de main, spots de cinéma, on trouve de tout chez Gilles Oudin. De tout et surtout de grands noms de l’ère industrielle. René Herbst, co-fondateur de l’UAM, dont les bureaux restent des modèles de précision. Singer qui ne se contentait pas de fabriquer des machines à coudre mais qui équipait les couturières de la chaise à la bobine. Bernard-Albin Gras et ses lampes de bureau ajustables dont Gilles Oudin peut retracer toute l’évolution. Strafor, la Rolls Royce de la bureautique dès les années 30 ou encore Theodore Scherf, dont les étagères peuplaient les commerces de bouche. Si toutes ces signatures sont aujourd’hui reconnues, elles le doivent principalement à Gilles. Encore un homme de l’ombre qui a défendu ces créations avec passion. Un homme de l’ombre dont vous trouverez le nom à la rubrique remerciements des ouvrages dédiés à ce mobilier professionnel dont nos intérieurs se sont librement inspirés.

Gilles Oudin, stand 405, allée 7, Paul Bert

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