Interview : Chantal Dagommer – Stand 71 allée 1 Paul Bert

Impressionnants corsets, dentelles rares et précieuses, costumes d’époque et grands noms de la Haute Couture… Voici le programme inspirant que vous propose Chantal Dagommer au détour de l’allée 1 de Paul Bert. Poussez la porte de cette incontournable boutique et passez un chaleureux moment avec cette marchande qui sans doute aura beaucoup de belles histoires à vous raconter.

Quel est votre parcours ?

J’ai toujours été dans le domaine de la mode. Quand j’étais jeune fille, dans les années 1970, j’ai vécu 3 ans à New York. J’étais mannequin et faisais beaucoup de photos de mode. A mon retour à Paris, j’avais des amis aux Puces que je venais souvent voir et cela me plaisait énormément. Nous nous sommes donc installés au Marché Paul Bert, avec mon premier mari, au milieu des années 1970. A cette époque-là nous ne faisions pas de mode mais de l’art populaire. Ayant toutefois toujours été attirée vers la mode, j’ai donc commencé à acheter et vendre des robes anciennes. A l’époque il n’y avait qu’une seule marchande qui vendait de la mode et elle se trouvait au marché Biron. J’ai changé de vie à la rencontre de mon second mari dont les parents étaient aux Puces depuis des années. Tout comme moi, il était passionné d’antiquités. Nous travaillons beaucoup ensemble car il possède un côté plus chercheur que moi.

Parlez-nous de votre spécialité

Je suis spécialisée dans le vêtement 18ème, ce qui n’est pas facile à trouver, mais également dans le 19ème, avec des grands noms griffés comme Worth, Poiret, Doucet, en réalité ce que recherchent les musées. Souvent ceux-ci me demandent de trouver des pièces pour eux. Je suis également experte à Drouot. Je vends aussi des poupées anciennes, des dentelles de collection et des boutons.

Qui sont vos clients ?

Je vends à beaucoup de musées à travers le monde ; au Metropolitan de New York, à Kyoto, au musée du Chili et bien d’autres. J’ai travaillé avec des couturiers comme Alaïa ou Galliano. Je vois aussi les costumiers, qui souvent achètent un modèle pour s’en inspirer. J’ai également beaucoup de stars de cinéma ; Julia Roberts, Barbara Streisand qui s’est offert des chaussures de poupées, Leny Kravitz qui m’a acheté deux châles Art Deco pour ses musiciens, il est charmant.

Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Cet été, l’actrice Robin Wright est venue tourner une séquence de son film dans mon stand. Elle était accompagnée de son mari et ils sont entrés dans ma boutique pour me demander la permission de prendre des photos. Ils étaient en train de réaliser un film sur Robin Wright à Paris. Elle avait choisi différentes boutiques à Paris et voulait se faire photographier chez moi. J’ai accepté et nous avions rendez-vous le lendemain de la finale de la coupe du monde de football. Tout le monde avait fait la fête pendant la nuit et je n’avais pas eu de nouvelles de leur part. Le lendemain matin, je reçois un email me disant qu’ils seraient dans ma boutique à 9h30. En panique je m’habille, je ne trouve pas de taxis, le bus était en retard mais je suis tout de même arrivée juste à temps pour qu’ils puissent tourner leur séquence.

Pour vous que représente Paul Bert Serpette ?

Les Puces sont synonymes de magnifiques rencontres. Quand les gens cherchent vraiment quelque chose, ils viennent ici. Comme disait Hamish Bowles le directeur de Vogue International, « A Paul Bert Serpette, certaines personnes disent que c’est cher, mais les marchands sont des spécialistes qui connaissent ce qu’ils vendent. » J’y apprends aussi beaucoup. Certains collectionneurs sont tellement pointus qu’ils m’enrichissent de leurs connaissances. Paul Bert Serpette est un lieu très important auquel j’ai toujours été fidèle. J’ai l’âge de la retraite mais pour l’instant je n’ai pas du tout envie d’arrêter mon métier car cela me passionne. Venir aux Puces est toujours un plaisir pour moi. Quand je serai obligée de partir, j’aurai beaucoup de mal.

Quelle est la pièce de votre boutique que vous souhaitez mettre en avant ?

En ce moment je présente ce gilet de révolutionnaire. Il est en soie brodée d’argent, ce qui est un signe de richesse. Il devait être porté par un bourgeois, quelqu’un de riche mais qui croyait tout de même en la Révolution car il y a fait broder l’arbre de la liberté, emblème de la Révolution, ce qui est très rare. Cette pièce pourrait très bien aller au Musée Carnavalet. J’ai souvent des gilets révolutionnaires, mais rarement de cette qualité. Ce sont des pièces très recherchées par les collectionneurs d’objets de la Révolution. Ce ne sont d’ailleurs pas forcément les mêmes collectionneurs que les collectionneurs de 18ème, car il y a aussi ceux qui sont plutôt royalistes et qui recherchent des habits de cour.