Interview : Edouard Demachy et Thomas Tardif

Venez découvrir l'univers d'Edouard Demachy et de Thomas Tardif, deux marchands complémentaires à l’œil aiguisé, pour qui le métier d’antiquaire s’inscrit dans une tradition de transmission du savoir, mais également dans de nouveaux enjeux de développement durable.

Quelle est votre spécialité ?

Nous choisissons des objets ayant été créés durant les 100 dernières années, avec toujours pour fil conducteur l’esprit moderniste. Nous balayons toutes les périodes, nous pouvons avoir des objets Art Déco ou Art Nouveau, s’ils possèdent une ligne moderne ou que nous les trouvons intelligents en termes de construction. Grâce à l’expérience, le regard s’affine et devient précis. Nous avons une sélection très pointue et pouvons voir des centaines de pièces avant d’investir.

Concernant nos domaines d’expertise, Edouard c’est la céramique et Thomas le mobilier. Nous sommes souvent attirés par des objets que nous ne connaissons pas et nous aimons faire le travail de recherche et de documentation afin d’élargir nos connaissances et affûter notre « œil », notre jugement. Nous sommes très attentifs à l’état d’une pièce qui nous intéresse, à son niveau de restauration.

De quelle façon envisagez-vous votre métier d’antiquaire ?

Nous sommes dans une optique de transmission du savoir. Nous aimons initier et sensibiliser tous les publics, il n’y a pas de client type, nous réservons le même accueil à tous. Nous invitons les visiteurs à prendre les objets en main. Nous avons pour rôle de satisfaire les curiosités, ceci est inhérent à la survie de notre métier. Transmettre le savoir, c’est donner le goût et l’envie.

Un deuxième point important pour nous, c’est le rapport entre notre métier et le développement durable. C’est un sujet qui nous est cher et que nous n’hésitons pas à mettre en avant. L’enjeu est tellement important que nous aimons aussi le rappeler aux clients. Nous vendons des objets possédant une durée de vie qui ira bien au-delà de nous et nous aimons cette idée.

Comment vous êtes-vous associés tous les deux ?

Au départ, nous possédions chacun notre espace et nous faisions déjà des achats communs. Aujourd’hui, nous partageons le même stand. Nous sommes deux entités rassemblées en une avec chacun sa liberté de décision, d’action, d’achat et de goût. Bien entendu, nous ne nous sommes pas associés par hasard, nous avons une ligne directrice commune avec des spécialités complémentaires. La différence de nos points de vue est parfois une force car si l’un peut s’emballer sur une pièce, l’autre est capable de le modérer. Nous allons toujours dans le sens de celui qui émet des doutes.

Qu’aimez-vous à Paul Bert Serpette ?

Être installés à Serpette, c’est-à-dire dans un milieu clos et sans lumière du jour nous permet de créer des ambiances et de mettre en avant certaines esthétiques. Cela nous permet de sublimer les objets.

Ce qui est également intéressant à Paul Bert Serpette, c’est que tous les vendredis, nous sommes en contact avec les professionnels du secteur. Cette réunion de profils de marchands différents crée une réelle effervescence autour du savoir et de la connaissance, car nous échangeons beaucoup entre nous. Paul Bert Serpette draine tous les grands marchands parisiens et internationaux. C’est un berceau pour la marchandise, énormément d’objets qui se trouvent actuellement en galerie sont passés par ici, nous sommes une source incontournable. Paul Bert Serpette est aujourd’hui le plus grand marché d’antiquités au monde. C’est un aimant pour les gens du monde entier qui désirent voir une réelle mixité de marchandise, car on y trouve des objets allant de l’antiquité à nos jours. Il y a une densité de clients beaucoup plus importante que dans une galerie, ici il y a toujours du monde et le contact y est plus facile car il n’y a pas l’obstacle de la porte à pousser.

Avez-vous une pièce de votre stand que vous souhaitez mettre en avant ?

Nous avons un important vase en céramique sur lequel nous avons fait beaucoup de recherches. C’est une pièce de très grande taille, elle fait 113 cm. Beaucoup de temps a été passé à en déchiffrer la signature. Il a été réalisé en Belgique, il vient d’une fabrique historique qui s’appelle « Boch Frères » à La Louvière. C’est une pièce qui, de par ses qualités architecturales et anthropomorphes peut être datée des années 50. La couverte est en émail dit sang de bœuf, qui est caractéristique de certains artistes de l’époque Art Nouveau comme Pierre-Adrien Dalpayrat. Nous avons cette couverte représentative de début 1900, une forme caractéristique des années 50 et une signature de cette fabrique belge. En faisant des recherches, nous avons fait une découverte. Nous avons retrouvé une assiette commémorative qui date de 1954 sur laquelle deux pièces sont dessinées, dont un vase qui ressemble très étrangement au notre. Nous pensons donc qu’à l’occasion de la commémoration de la mise en route d’un four en 1954, la fabrique a dû faire venir un certain nombre de céramistes, et que cette pièce qui est d’un format exceptionnel viendrait de l’inauguration de ce four.

C’est un achat qui illustre bien notre ligne, et notre façon de travailler.