Interview - Elisio Das Neves – Des Voyages

Passionné de voyage, c’est tout naturellement qu’Elisio Das Neves a fait de la bagagerie de luxe sa spécialité. C’est accoudé à une malle Vuitton que ce marchand a partagé un peu de sa passion avec nous. Nous vous invitons cette semaine à venir découvrir une part d’histoire de ces grandes marques de luxe.

Quel est votre parcours ?

J’ai commencé ma carrière professionnelle en tant que technicien à l’Agence France Presse. Mon ami travaillait aux Puces et comme j’avais du temps libre, je chinais beaucoup et je déposais les objets sur son stand. Cela se vendait relativement rapidement. Au bout d’un moment, j’en ai eu assez de mon activité. J’avais 30 ans, j’étais jeune, je travaillais trop peu et je m’ennuyais. J’ai prix deux années sabbatiques puis j’ai ouvert une boutique et cela a fonctionné. Voilà comment j’ai débarqué aux Puces. Je collectionnais déjà les bagages et les petits sacs anciens. J’ai donc tout de suite commencé à en vendre ; à l’époque, personne ne faisait ça.

D’où vous vient cette passion pour les bagages anciens ?

Je suis issu de l’immigration et je pense que bouger, voyager est ancré en moi. Il y a forcément un lien avec cela.

Parlez-nous de votre spécialité ?

Je suis spécialisé dans les marques de luxe françaises. Un beau bagage n’est pas suffisant, il faut qu’il soit reconnaissable. C’est pour cela que je me concentre sur Louis Vuitton, Goyard et Moynat. On s’oriente vers ces marques qui sont les plus connues car elles constituent un marqueur social. J’ai des malles très anciennes. J’en ai une de 1854, c’est le début de Louis Vuitton. On peut dater les malles selon leurs revêtements. Les premiers monogrammes datent de 1896. Au départ, ils étaient tissés, ensuite ils ont été réalisés au pochoir. Je présente également de l’argenterie et des objets Hermès. Peu de marchands en vendent.

Ce que j’aime faire dans mon stand, c’est garder les objets tels qu’ils sont. Si la toile intérieure d’une malle est tachée, c’est un signe de vie.

Qui sont vos clients ?

Ce sont principalement des étrangers, depuis quelque temps, des chinois, des thaïlandais, mais j’ai tout de même des clients français.

Où trouvez-vous vos objets ?

Beaucoup de particuliers m’appellent. D’autres marchands qui ne sont pas spécialisés m’appellent également pour me demander des conseils et me proposer des choses. J’achète peu en salle des ventes car les objets se vendent à des prix déjà trop élevés, parfois plus chers que ce que je vends. 

Pourquoi avez-vous fait le choix de vous installer à Paul Bert Serpette ?

Mon ami Francis Toussaint, qui est également mon associé, était spécialisé dans les Arts de la table au marché Vernaison. Il est ensuite venu à Serpette et s’est associé avec Nicolas Giovannoni. Quand on est broc à Saint-Ouen, la réussite c’est d’être à Paul Bert Serpette. A l’époque quand j’y venais, j’étais intimidé. Serpette est vraiment l’endroit idéal pour vendre des bagages de luxe. La clientèle est très particulière et haut de gamme et c’est le seul endroit à Paris où ils sont aussi nombreux. Ils viennent ici car il y a une grande variété de choses. Un client étranger qui vient à Paris va consacrer une journée à chiner et il n’a pas le temps de visiter dix boutiques dans Paris. Ici, il peut en faire cent. L’effet de groupe et l’émulation entre les marchands sont très importants. Ayant travaillé ailleurs qu’ici, j’ai le recul nécessaire pour apprécier la qualité de travail que nous avons à Paul Bert Serpette.

Quel objet de votre stand souhaitez-vous nous présenter ?

En ce moment, je présente cette malle Vuitton qui date des années 1870. Elle a été réalisée juste après l’arrêt de la toile gris trianon qui était la première toile Louis Vuitton. De la toile grise, ils sont passés à la toile rayée et ce qui est intéressant, c’est que l’on retrouve cette toile grise sous la malle. Il devait leur rester des stocks de toile à écouler. C’est assez rare de retrouver ces deux toiles sur une même malle et cela marque la transition entre les deux périodes. A l’intérieur, on trouve l’étiquette avec le numéro de la malle car déjà à l’époque, les étiquettes étaient numérotées. Louis Vuitton était devenu fournisseur de sa Majesté le Roi d’Espagne et le notait sur leurs étiquettes pour faire un peu de pub. J’ai gardé cette malle dans son état d’origine, elle est vraiment authentique. Elles perdent beaucoup de valeur quand elles sont refaites. Une malle ancienne c’est comme une voiture ancienne. Si tout est d’origine cela a beaucoup plus de valeur.