Interview : Le cabinet de curiosité fantastique de Pierre Bazalgues

Cette semaine, nous vous invitons à entrer dans le cabinet de curiosité fantastique de Pierre Bazalgues. Depuis 20 ans, l’esthétique de ce marchand passionné ne laisse personne indifférent et inspire collectionneurs et artistes. Laissez-vous happer par votre curiosité et venez découvrir cet univers intime et secret au cœur de Paul Bert Serpette.

Quel est votre parcours ?

J’ai été instituteur pendant 20 ans et je suis devenu antiquaire sur le tard. C’est en rencontrant un marchand de Paul Bert que j’ai pris goût à ce métier. J’ai d’abord continué mon activité à mi-temps, le temps d’appréhender le marché, puis j’ai fini par démissionner de l’Education Nationale pour exercer ce métier à plein-temps.

Parlez-nous de votre spécialité ?

Je suis spécialisé dans le cabinet de curiosité macabre. Je présente des objets provenant d’écoles de médecine ; j’aime aussi l’ambiance des ateliers d’artistes et j’ai également beaucoup de tendresse pour le néogothique et le romantique noir. Les objets religieux m’intéressent tout autant car ils traitent bien souvent de la mort, au travers des reliquaires par exemple. Toutes ces pièces, sorties de leur contexte, deviennent des objets à fort intérêt artistique. Il y a une vraie corrélation avec mon ancien métier car j’ai beaucoup de matériel pédagogique et didactique.
Je collectionnais déjà avant d’ouvrir mon stand. Il était pour moi logique de présenter les objets que j’aime, je voulais me faire plaisir.
Cela fait 20 ans que je suis antiquaire, je regarde passer les modes. Cela m’amuse car ce stand propose toujours la même chose : une réflexion sur la mort. C’est quelque chose de tellement incontournable et intemporel que je ne suis pas inquiet. Ce n’est pas un phénomène de mode, malgré le fait qu’il y ait de plus en plus d’images de crânes dans le prêt-à-porter. C’est l’un des thèmes de collection le plus ancien. On a commencé à collectionner les vanités bien avant les faïences de Delphes. C’est un sujet très intime et personnel ; les objets de curiosité se mettent dans un bureau, une bibliothèque ou dans un cabinet, mais pas partout dans le salon. C’est un petit monde à soi.

Pourquoi avez-vous fait le choix de vous installer à Paul Bert Serpette ?

Paul Bert Serpette est vraiment un coup de cœur, sûrement grâce à la rencontre de ce marchand qui m’a fait découvrir cet univers. Quand j’étais instituteur, je venais déjà chiner à Paul Bert Serpette, c’est mon marché préféré et je me suis fait plaisir en m’installant ici. Je n’ai pas conçu le métier sans un stand à cet endroit. Je ne fais pas de déballage, je ne vends pas en salle des ventes et ne suis pas sur les réseaux sociaux, pour moi tout se passe ici. J’apprécie le contact avec les clients à qui je vends ces objets. Nous établissons une réelle complicité.

Qui sont vos collectionneurs ?

Il y a dans la mort un côté égalitaire, elle concerne absolument tout le monde. On pourrait donc penser que j’ai une clientèle élargie, ce qui est faux car les collectionneurs de ce type d’objets sont discrets. La mort est encore un sujet tabou et il faut arriver à passer un cap pour avoir une vanité à la maison. Une grande partie de mes clients sont des artistes qui travaillent sur le sujet. Le crâne est un exercice incontournable, que ce soit pour un photographe ou un peintre ou même un amateur de bibliothèque. C’est un sujet qui ne laisse personne indifférent et ce sont souvent les enfants qui trainent leurs parents sur mon stand. Je suis souvent très flatté car j’ai affaire à un public cultivé. Ce sont peut-être des gens qui ont été confrontés à la mort, je pense qu’il faut déjà être un peu sensibilisé au sujet pour se mettre à collectionner. C’est une façon d’être plus fort que la mort, de contrôler l’incontrôlable. J’ai un client américain qui m’a économisé 25 ans d’analyse. Il avait parlé de cette passion à son psychanalyste et j’ai donc pu avoir des tentatives d’explication sur ce goût pour ce type d’objet. On peut avoir cette sensibilité sans aucune raison, mais c’est tout de même souvent une façon de réagir et de prendre le dessus face à la mort.

Quel est l’objet que vous souhaitez mettre en avant ?

J’ai cet écorché, hélas incomplet, qui a été fabriqué à Berlin dans les années 1900-1910. Il est en carton et résine et possède la plaque du fabricant. C’est un élément didactique qui s’adressait à des étudiants. Il constitue un exemple typique de matériel pédagogique qui, sorti de son contexte, prend une toute autre dimension. J’aime son côté provocateur car nous sommes ici dans le monde des tendances et avec cet objet, je mets les pieds dans le plat.