Le retour aux sources de Benoit Guinaudeau

Cette semaine, nous vous proposons une pause sur le stand de Benoit Guinaudeau, fraîchement installé dans l’allée 3 de Paul Bert. Oscillant entre mobilier design, curiosités et objets d’art africain, ce marchand propose chaque semaine une sélection éclectique mais tout en harmonie, pour créer des décors imprégnés de sa personnalité.

Quel est votre parcours ?

J’ai grandi avec des parents qui chinaient sans cesse et moi, je ne supportais pas cela. L’envie de chiner est revenue à l’âge de 20 ans. A ce moment-là, j’étudiais le droit mais je ne pensais qu’à la broc. J’ai donc mis entre parenthèse ces études. Mes parents étaient loin d’être ravis, mais ont fini par m’aider en me finançant une école spécialisée dans le marché de l’art à Paris. J’ai pu rencontrer de nombreux marchands, j’y ai passé deux très belles années. Après mes études, j’ai travaillé durant un an pour un galeriste du carré rive gauche. Avec mon ex-femme, nous avons ouvert notre 1ère boutique à Cognac dans le sud-ouest. Nous avons ensuite bifurqué sur l’Ile de Ré et y avons ouvert deux boutiques. En 2014, nous avons crée un nouvel espace à Paris.Ces boutiques sont maintenant fermées et je me suis ensuite installé aux Puces. C’est un retour aux sources.

Quelle est votre spécialité ?

Il y a deux ou trois mois, j’aurais dit que j’étais spécialisé dans les années 1950-1960 et maintenant, plus je suis aux Puces, plus j’ai envie de présenter des pièces classiques, mais toujours avec un côté moderne. J’ai beaucoup évolué mais tout en gardant cette ligne que l’on retrouve dans mes décors. J’achète maintenant beaucoup d’art africain mais des objets que je trouve décoratifs et qui ne sont pas forcement des objets de collection.

Qu’est-ce qui vous anime dans le métier d’antiquaire ?

Je suis animé par la découverte. A une époque, c’était quasiment une drogue. Ce n’était même pas une question d’argent, mais réellement un désir de possession. Je ne suis pas du tout collectionneur, je ne garde pas les objets et je ne m’y attache plus du tout. Quand je possède un objet et que je le vends, c’est un peu comme si je le possédais toujours. Aux puces on peut faire un décor éphémère, et même s’il change rapidement, il nous a appartenu un temps et nous appartiendra toujours un peu.

Pour vous que représente Paul Bert Serpette ?

A Paul Bert Serpette, nous avons des clients que l’on ne voit pas ailleurs, c’est une concentration de clients importants. Nous avons aussi une grande liberté, nous pouvons tout nous permettre et si cela ne fonctionne pas, les choses vont assez vite pour pouvoir se réajuster. Paul Bert Serpette est le meilleur baromètre des tendances du marché de l’art. C’est le seul lieu en France on l’on sait ce qui va marcher ou non. Ici, les marchands sont des influenceurs, des prescripteurs de tendances.

Quel est l’objet de votre stand que vous souhaitez mettre en avant ?

Je présente en ce moment des panneaux de rituel provenant de la tribu Salampasu du Congo. Ils sont en bois pigmenté et datent des années 1950-1960. Leur aspect est très moderne et cinétique, ils ont un côté brut mais façon Vasarelli, ils sont étonnants. J’aime le fait qu’ils soient très décoratifs tout en possédant un côté curiosité. Ce sont des objets qui interpellent et qui ne laissent pas indifférents. C’est une autre manière de voir l’art africain qui n’est souvent appréhendé qu’à travers le prisme de l’objet de collection, un peu élitiste et difficile à comprendre. Ces panneaux correspondent bien à mon goût du moment.