Les Collectionneurs, Un couple en bakélite

Ils sont deux. Deux comme une paire de manchettes ou une paire de boucles d’oreille, en bakélite bien sûr. Ciment de leur couple, la bakélite, ils l’ont découverte ensemble, l’ont apprivoisée ensemble et en sont tombés amoureux tous les deux. C’est un amour commun qui unit Jacques et Emile depuis presque trente ans. Le premier, tout en humour et en bijoux, laisse parler le second dont le large sourire est relevé par un doux accent qui fleure bon le sud. Parmi les chaudes couleurs des bracelets, colliers et broches qui composent leur stand à Serpette, on se laisse séduire et émerveiller au point d’en oublier la marche à la sortie de leur stand et de se heurter brutalement à une réalité tellement moins charmante qu’en leur compagnie.

LA BELLE ÉPOQUE DU PALACE Nuit noire, lumières artificielles, tenues extravagantes et accessoires improbables, le Palace dans les années 70-80, c’est toute une mythologie. C’est là, sur le disco d’une discothèque où le Tout-Paris se donnait rendez-vous chaque soir qu’un Marseillais décorateur rencontre un collectionneur passionné d’antiquités. Premier regard, premiers échanges, première collaboration : très vite, Jacques quitte la restauration pour s’associer à Emile qui faisait alors ses classes à Serpette dans le mobilier années 30. Ils s’installent en Normandie où ils ouvrent une boutique d’antiquités mais l’écart est trop grand avec la folie parisienne et le soleil manque… Bientôt, on fuit à Marseille et on parcourt les salons du Sud. Anciennes publicités et objets de décoration sont leur fonds de commerce quand arrive la bakélite qui grignote peu à peu leur stand jusqu’à l’en recouvrir.

LE CHIC DE LA BAKÉLITE « La bakélite s’est imposé à nous s’en même sans rendre compte, s’étonne le couple. » Le coup de foudre et ses mystères… Boîtes à bijoux, bracelets, colliers, broches, boucles d’oreilles mais aussi minaudières, serre-livres, lampes, radiateurs et même saladier, on trouve tout en bakélite ! Cette matière souvent confondue avec la résine, sculptée à la main, a enflammé la déco des années 20 aux années 50. Colorée, chic, elle se prête à des créations d’une élégance et d’un raffinement inégalés. A l’époque c’est un must. Tandis que Joséphine Baker les agite, Chanel, Dior, Poiret ou Schiaparelli en parent leurs mannequins. Dans les mondanités, on ne sort pas sans sa parure de bakélite et surtout sans sa minaudière. Sophistiquées, elles renferment dans leur pompon tube de rouge à lèvres, fume-cigarette ou encore fiole de parfum… Une ingéniosité qui a séduit les collectionneurs. Tout comme la fantaisie et l’humour de ces créations des Années folles où l’on n’hésite pas à porter un personnage autour du cou, des ballons sur le revers de sa veste ou à orner son décolleté de dominos ! LES MEILLEURS AMIS DES FEMMES « Moi, je n’achète qu’ici ! » Margaret, cliente fidèle et amie de longue date qui les a suivis partout jusqu’à leur installation à Serpette il y a quatre ans, loue leur exigence, leur passion et leur extravagance. Jacques et Emile, ce sont des complices, des alliés de ces femmes de goût qui osent l’originalité et assument un certain grain de folie. Qu’elles soient françaises, américaines ou australiennes, elles ont toutes en commun une ouverture d’esprit et un amour du jeu. Comme eux, elles ne se prennent pas au sérieux et c’est pourquoi ces bijoux surprenants, vestiges d’une époque libre, frivole et insouciante, leur vont si bien au teint. « Tes p’tits seins de bakélite qui s’agitent… » fredonnait d’ailleurs irrévérencieusement Gainsbourg sur l’album Melody Nelson…

Les Collectionneurs, stand 24, allée 3, Serpette

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