Marta Bryl, Tutoyer l'Antiquité

D’abord, il y a le chien. Jack, une bâtarde rescapée de la SPA, allongée lascivement à l’entrée du stand. Rien à craindre, il suffit de l’enjamber. Ensuite, une fois la porte coulissante entrouverte, il y a la voix douce du rockeur oublié Sugar Man qui s’engouffre dans vos oreilles. Enfin, il y a Marta, assise devant l’écran de son ordinateur, qui lève vers vous ses yeux bleus, repose son café et vous accueille dans un sourire discret mais franc. Et là, vous regardez autour de vous et, surpris, vous vous pincez pour vous convaincre que non, vous n’êtes pas à la Galerie Campana du Louvre mais bien à Paul Bert Serpette.

LA GRÈCE ANTIQUE À PORTÉE DE MAIN

Du haut des étagères de Marta Bryl, ce sont plus de quarante siècles qui vous contemplent. Les vases étrusques en terre cuite, les cratères en céramique, les statuettes votives datent tous du IVe ou IIIe siècle avant JC. Et pourtant, ils sont là, tout proches, sans vitrine pour les éloigner, simplement accessibles. C’en est presque déconcertant de proximité. C’est ce qu’aime Marta, ce en quoi elle croit. Pour comprendre, apprendre et aimer, il faut toucher, observer, vivre avec. Les milliers d’années ne doivent pas intimider mais émerveiller. Loin du discours institutionnel, cette ancienne gardienne de musée au Louvre préfère l’expérience au discours érudit, trop souvent ampoulé et obscure. Son parcours atypique en est la plus parfaite démonstration.

DU BRITISH MUSEUM À PAUL BERT SERPETTE

C’est à l’occasion d’un séjour à Londres que Marta rencontre sa passion. Dans les galeries du British Museum, elle s’émerveille devant les impressionnantes collections de vases grecs. Intriguée, elle dévalise la librairie du musée et profite de l’Eurostar pour se plonger dans l’Antiquité Gréco-Romaine. De retour à Paris, c’est décidé. L’étudiante en histoire moderne délaisse le Vieux continent pour le Bassin méditerranéen. Vendeuse chez une marchande d’armes anciennes pendant ses études, elle sait que l’on peut faire de l’Histoire un commerce. Ça l’arrange : l’enseignement, ce n’est pas son truc. En 2006, un ami antiquaire lui fait une place dans son stand de Serpette et deux ans plus tard, elle ouvre sa propre boutique, toujours dans la cour de Serpette, l’air libre étant primordial pour cet esprit frondeur et indépendant.

VIVRE AVEC LES ANCIENS

Avec son franc-parler à rebours du milieu conservateur de l’Antiquité, Marta n’hésite pas à appeler un chat un chat. Le phallus prophylactique sur le vase ? Et le sens de l’humour alors ? Philosophes, les Grecs n’en étaient pas moins bons vivants et graveleux ! Avant d’être des antiquités, des pièces de musée ou de collection, tous ces objets, décoratifs ou usuels, avaient leur place dans un quotidien. L’idée est donc de les réinjecter dans le nôtre, par touches, par coups de cœur. Fidèle à ses débuts, Marta pratique des prix accessibles : avec 200 ou 300€, il est possible d’acquérir un objet, de faire entrer chez soi un bout d’Histoire et de, pourquoi pas, commencer comme elle une collection. La sienne a démarré avec un petit vase, acheté plus qu’il ne valait. Erreur de débutante dont elle ne se séparerait aujourd’hui pour rien au monde car il a pour elle une valeur inestimable, celle des souvenirs, de l’intime, du vécu.

Marta Bryl, Keramion, Stand 9, Allée 1, Serpette