Nicole Maumy, Une antiquaire de caractère

C’est à sa table qu’elle reçoit. Une table bancale mais aux pieds bien amarrés aux pavés de Paul Bert. Vous l’y avez tous croisée. Attablée avec ses voisins, disputant une partie de cartes ou discutant autour d’un bon plat. Nicole, c’est une figure. Postée à l’angle de l’allée 1 et de l’allée 2 de Paul Bert, elle est connue de tous et connaît tout le monde. A ce coin stratégique, elle en a vu passer du monde, et du beau. Trente ans que Momy, comme on l’appelle affectueusement, veille sur ce marché, qu’il pleuve qu’il vente ou qu’il neige.

UN MÉTIER DE HASARD ET DE PASSION Un vendredi matin, à la fin des années 80, Nicole et son mari, aux Puces comme toujours, entendent parler d’un stand qui se libère. Un petit stand, au carrefour de deux allées à Paul Bert. Sans y croire, Nicole se laisse convaincre par son mari et quand le marchand l’appelle une semaine après pour lui dire «  Ma poule, tu l’as le stand », son monde vacille. Alors antiquaire dans le 9e arrondissement, Nicole tient une boutique depuis 1971. Encore une idée de son mari qui connaissant sa passion pour la chine l’avait convaincue de racheter le commerce de cette vieille dame dont ils étaient clients. « Il en avait toujours de bonnes idées mon mari mais alors, après, pour la mise en pratique, plus personne ! » Nicole débarque donc en plein hiver dans cet univers qu’elle fréquentait chaque vendredi matin mais passer de l’autre côté, devenir marchande, ce n’est pas si simple.

HONNÊTETÉ ET FRANC PARLER « J’ai toujours aimé ce que font les hommes. Leur vie est tellement plus intéressante… » Avec ténacité, force et courage, Nicole devient l’une d’entre eux. Elle se fait accepter et gagne une légitimité : « Quand on aime, on a le courage de faire » devise-t-elle. Son franc-parler légendaire y est aussi pour quelque chose. Avec Nicole, pas de langue de bois. Elle dit ce qu’elle pense et pense ce qu’elle dit. Une fois l’abcès crevé, on passe à autre chose, on ne s’appesantit pas. Le seul moment où elle cache son jeu, Nicole, c’est lors des parties de belote avec les voisins. « Ça devrait être inscrit sur les baux des stands de cette allée : obligation de jouer aux cartes ! » .

CHINER L’ANCIEN À L’ANCIENNE Le jeu, c’est aussi et surtout la chine pour Nicole. Cette adrénaline de la découverte, du risque et du hasard qui la fait se lever à 04h30 chaque vendredi depuis 40 ans. Qui la fait courir à Vanves chaque samedi à 06h30. Car elle chine à l’ancienne, Nicole. Elle parcourt les déballages et les foires avec sa voiture, véritable outil de travail. « On trouve de tout dans la voiture d’un marchand : bottes, pull, vieille doudoune, lunettes de soleil : il faut parer à tous les éventualités ! » C’est avec elle qu’elle ramène verreries, opalines Louis-Philippe, éventails du XVIIIème, chandeliers XIXème et autres objets délicats et fins au goût suranné. Elle les expose soigneusement dans son petit stand où tous les marchands sont les bienvenus. Claude, Michel, Manuel, tous défilent chez elle, posant un objet, se servant du café, cherchant un doliprane. On est dimanche, bientôt viendra l’heure du déjeuner, Nicole a tout préparé. Puis l’heure des cartes. Toujours sur la table bancale, face au stand de l’angle. Nicole s’est plus qu’intégrée à Paul Bert Serpette, elle y est devenue indispensable.

Nicole Maumy, stand 99, allée 2, Paul Bert

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