Portrait de marchand : Cyril Grizot

Univers atypique, mais constitué de grandes pièces que l’on ne trouve nulle part ailleurs, le stand de Cyril Grizot est un accord parfait d’objets hétéroclites. Grands noms du design et pièces d’art populaire se côtoient à merveille et révèlent tout le talent de ce marchand…

Quel est votre parcours ?

J’ai voulu faire ce métier dès l’âge de 14 ans. C’était ancré dans ma tête car j’ai grandi dans une famille très installée dans le milieu de la culture. Pour moi, devenir antiquaire était presque un parcours obligatoire, c’était ma passion. Je suis venu pour la première fois aux Puces en 1973 et je suis tombé follement amoureux de cet endroit qui est unique au monde. Je suis ensuite parti à l’aventure pour faire un tour du monde, puis finalement je suis revenu rapidement en me disant que je souhaitais être antiquaire car je pourrais ramener des trésors du monde entier.
J’ai ouvert une première boutique à Bordeaux, dans laquelle je présentais des pièces des années 30/50, des bibliothèques de Charlotte Perriand, des meubles de Robert Mallet Stevens… Puis j’ai vite compris qu’il serait mieux pour moi de m’installer à Paris car je pourrais trouver une variété de marchandises plus importante et faire des liens avec l’étranger plus facilement. C’est comme cela que j’ai commencé aux Puces, au marché Jules Vallès.

Quel est votre spécialité ?

Je suis spécialisé dans le XXème siècle. J’ai été amoureux de ces objets alors qu’ils n’étaient pas encore au gout du jour. Je me suis ensuite intéressé aux grands architectes des années 30-50, puis je suis devenu le spécialiste mondial de l’artiste Yonel Lebovici.
Maintenant, j’ai le luxe de pouvoir acheter tout ce dont j’ai envie pour pouvoir créer des ambiances et des décors différents. Je suis un malade du stock, j’ai des tonnes d’objets en réserve.
J’essaie de créer des univers que l’on ne va pas croiser ailleurs. En ce moment, mon stand est un petit monde façon Facteur Cheval.

Que représente Paul Bert Serpette pour vous ?

Ce marché est un indispensable dans le métier. Dans le monde, il n’y a pas d’équivalent avec autant de marchands, autant de force, c’est un musée génial et une mine incroyable. On peut y trouver des objets intemporels et y forger son propre goût.
Paul Bert Serpette a toujours été le marché tendance, c’est un lieu unique, beaucoup de modes ont émergé ici.
Cet endroit est constitué de personnalités multiples qui viennent de milieux différents, mais qui sont liées par la passion des objets. C’est une vraie communauté, où règne une grande solidarité.
Aujourd’hui, bien qu’il y ait de nouvelles façons de travailler comme sur Internet, les passionnés ont toujours besoin de venir ici voir les pièces.

Quelle pièce de votre stand souhaitez-vous mettre en avant ?

J’ai eu récemment le bonheur d’acheter deux tapisseries, que j’ai vu faire par les artistes Daniel Dartois et Anne-Marie Monginoux en 1971 ou 1972 à Bordeaux. Ils avaient un atelier extraordinaire où ils réalisaient ces grandes tapisseries avec des mélanges de matières. Dans les années 70, ces tapisseries étaient très appréciées et ce goût est lié avec le mouvement du retour à la terre. A cette époque, on s’aperçoit que la planète nous offre de belles matières avec lesquelles on peut créer. J’aime beaucoup la tapisserie, mais ce que j’aime avant tout, c’est regrouper des objets qui vont se renforcer entre eux.

Quelle est votre vision du métier d’antiquaire ?

C’est un métier très enrichissant. Même si je suis marchand depuis très longtemps, j’ai toujours des choses à apprendre. C’est un métier qui permet de sans cesse évoluer. J’adore acheter un objet que je ne connais pas. Je vais juger de sa qualité et seulement ensuite, je vais faire des recherches dessus.
J’ai choisi ce métier en me disant que malgré la retraite j’aurai la possibilité de ne jamais m’arrêter de le faire. Je me lève toujours le matin avec l’envie de découvrir de nouvelles choses.