Portrait de marchand : Olivier d'Ythurbide

Marchand à Paul Bert Serpette depuis 28 ans, des anecdotes sur son métier, Olivier d’Ythurbide en a des milliers. Ce marchand au parcours passionnant vous invite tous les week-ends à découvrir des pièces classiques d’exception du sol au plafond.

Quel est votre parcours ?

J’ai grandi dans les antiquités, mes parents fréquentaient les Puces et j’adorais collectionner. L’une de mes plus belles collections était les affiches d’expositions de galeries. J’aimais aussi fouiller dans les poubelles, particulièrement dans le 16ème arrondissement où il était fréquent de trouver des choses sales et brinquebalantes mais qui étaient des petits trésors. Je jouais aussi beaucoup au marchand. J’avais donc ce métier caché quelque part au fond de moi.
J’ai commencé par des études d’ingénieur dans le but de travailler sur les haras nationaux. Après deux tentatives et deux échecs, j’en ai déduit que je n’étais vraiment pas fait pour les concours. Je suis donc parti faire mon service militaire, puis j’ai travaillé dans la restauration et cela n’a pas collé non plus.
Un ami d’enfance de mon frère utilisait le sous-sol d’un grand hôtel qui appartenait à ses parents pour en faire un grand dépôt vente, qui s’appelait salle de vente Saint-Honoré et il ne s’en sortait pas tout seul. J’étais dans une perte totale de repères et il fallait absolument que je m’occupe. J’ai donc commencé à travailler avec lui gratuitement.
J’ai très vite mordu au métier. Pour moi c’était le rêve car c’était un très grand espace situé entre l’avenue de Friedland et l’avenue Hoche. Nous arrivions dans des maisons entières à vider qui contenaient des trésors. C’était un endroit très réputé de tous les chineurs. On pouvait y faire de très bons coups car cet ami qui tenait cette salle n’y connaissait pas grand-chose. On y côtoyait énormément de professionnels du marché de l’art. J’y ai travaillé plus de 10 ans et j’ai terminé directeur de la salle. J’ai développé là-bas les achats et je venais beaucoup aux Puces.

Comment êtes-vous arrivé à Paul Bert Serpette ?

Je venais régulièrement chiner aux Puces pour le magasin. Parallèlement, l’un de mes amis, Christophe Guérin, l’un des plus grands marchands, spécialiste de l’horlogerie, avait pris un stand en plus de sa boutique. Il est arrivé un moment où il ne pouvait plus s’occuper de tout. Il m’a proposé de me revendre son stand et j’ai accepté. J’ai démarré à Serpette en 1992. En 1995 j’ai racheté le stand que nous occupons actuellement avec Benoit Fauquenot. Nous avons une très grande surface où nous pouvons nous amuser dans ce que l’on aime.

Quel est votre spécialité ?

Notre slogan a toujours été : « recréer un intérieur de propriété ». Nous sommes spécialisés dans le classique, mais il s’avère que les choses évoluent. Nous avons des clients qui nous permettent de faire des percées sur du beau mobilier XXème ou XIXème mais notre grande spécialité est la peinture. Les meubles sont davantage devenus des supports de présentation et de création d’ambiances. Nous vendons également de nombreux luminaires.  Nous achetons beaucoup en salle des ventes et dans les déballages, de moins en moins dans les successions.  On sent un regain d’intérêt sur l’ancien, et nous l’avons réellement ressenti au moment de Maison et Objets. Nous avons été débordés et avons revécu les week-ends des grandes époques. Des décorateurs du monde entier qui étaient venus pour cette occasion étaient là. Il y avait un vrai intérêt pour le classique. On est en train d’amorcer un virage.

Pour vous que représente Paul Bert Serpette ?

Je dirais que c’est pour moi le plus grand marché d’antiquités au monde. C’est un lieu magique car même si l’on a des objets depuis très longtemps, certains clients arrivent et les découvrent comme des choses nouvelles. On a aussi des clients qui viennent acheter et qu’on ne reverra plus jamais. Ils ont un gros pouvoir d’achat et veulent meubler des palais. Il y a quelques années, nous avons vu arriver un cambodgien qui voulait meubler à l’européenne un palais qu’il venait de se faire construire. Il nous a acheté pour environ 150.000 €. Il a sorti sa carte et nous lui avons dit que cela ne passerait peut-être pas. Le traducteur part dans un éclat de rire en nous disant que la banque lui appartient. A Paul Bert Serpette nous avons ce genre de client et de partout dans le monde. C’est un marché qui fait des jaloux. Beaucoup de nos confrères du Carré rive gauche ont envie de venir ici. Quand je me suis installé aux Puces, j’avais peur de le dire à mes clients car c’était péjoratif. Maintenant je le dis la tête haute.

Quel est l’objet de votre stand que vous souhaitez mettre en avant ?

J’ai cette grande huile sur toile qui est une scène d’ambiance. Elle raconte l’histoire du propriétaire d’un cheval qui a gagné un concours hippique à Gent en 1887. Le cheval s’appelle Boa et l’on voit le palefrenier qui présente le cheval et le propriétaire le regarde fièrement. C’est vraiment une grande peinture d’ambiance de manoir. Elle me correspond parfaitement car je suis cavalier et passionné de chevaux.