Portrait de marchand : Patrick Gressler

« Ma spécialité, c’est d’être à contre-temps »

Objets rares et de caractère, c’est un univers bien particulier que vous propose chaque semaine Patrick Gressler. Ce marchand confirmé vous invite à redécouvrir des pièces classiques des XVIIème et XVIIIème siècles, mais toujours dotées d’une touche d'originalité.

Quel est votre parcours ?

J’ai toujours aimé les antiquités et il me semblait tout naturel d’en faire mon métier. Je l’ai appris sur le tas mais j’ai également étudié l’histoire de l’art. J’ai commencé en travaillant avec de grands marchands et en chinant pour eux. J’ai eu plusieurs galeries, à Aix en Provence, à l’Ile de Ré, à Londres, et j’ai aussi fait de grands salons. Je me suis toujours dit qu’un jour je m’installerais aux Puces car je trouvais l’ambiance amusante. Je trouvais excitant d’être au milieu d’autres marchands et de renouveler ma marchandise chaque semaine. Je voulais changer mes méthodes de travail.

Quelle est votre spécialité ?

Je présente du classique des XVIIème et XVIIIème siècles, avec une préférence pour le XVIIème car c’est une période inventive et sobre. J’expose également des tableaux fin XIXème début XXème car c’est une période que j’aime beaucoup en peinture.
Les objets que je choisis sont toujours un peu particuliers. Ce n’est pas du classique tel qu’on le voit ailleurs. J’ai toujours des choses un peu décalées et originales. J’essaie de trouver la petite particularité qui va faire la différence et qui va attiser la curiosité des gens qui ne sont pas forcément intéressés par ces périodes-là. Les pièces de mon stand s’intègrent parfaitement à un décor contemporain.
Je n’ai pas toujours présenté ce type d’objets. J’ai débuté en chinant et en vendant du mobilier 1930, quand ce n’était pas encore la mode. Visuellement, ces pièces m’ont amené au XVIIIème et au XVIIème. Ma spécialité c’est d’être à contre-temps, tout ce qu’il ne fallait pas faire, je l’ai fait.

Pour vous que représente Paul Bert Serpette ?

C’est le seul marché des Puces qui me correspond. J’aime son ambiance et ne me voyais pas m’installer ailleurs. La marchandise et les marchands sont de qualité et la clientèle haut de gamme.

Quelle pièce de votre stand souhaitez-vous mettre en avant ?

J’ai un Corpus Christi datant du début du XVIème, sans doute en tilleul. On appelle Corpus Christi, un Christ qui n’a pas de bras. Il est exceptionnel car il possède à la foi une puissance et une sérénité. Les jambes sont gothiques, assez raides et tout le haut du corps est complètement humanisé. Durant la période gothique, on oubliait l’homme pour présenter l’esprit, à partir de la Renaissance, on s’est souvenu que le Christ état un homme et les créations s’en sont ressenties. Tout le haut de la sculpture est maniériste, et les jambes ont un côté brut très gothique. Cet objet est à cheval entre le gothique et la renaissance et illustre bien la transition entre ces deux périodes.