Serge Miché, Au Bonheur des Hommes

Cheveux longs, légèrement grisonnants, retenus en queue de cheval par une barrette. Long manteau de peau lainée. Lunettes vissées sur le nez et cigarette électronique au bec, Serge regarde les clients passer, s’arrêter, repartir. Ça fait vingt ans que ça dure, ce manège. Et tant qu’il tournera, ce manège, il tournera avec Serge. Enfant, il est grimpé sur le cheval de bois du carrousel des antiquités pour ne plus jamais en descendre. Et il s’y amuse toujours autant, Serge. Un vrai gamin.

« ON DIRAIT QU’ON EST ANTIQUAIRE ET PUIS… »

Ils sont une petite bande. Quelques copains de 6 à 8 ans. Chaque été, près de Luzarches, ils font les 400 coups. A désespérer les grands-parents d’en faire quelque chose ! Leur terrain de jeu, la décharge municipale. Ils y trouvent toute sorte d’objets malaimés qu’ils exhument fièrement. « Fallait voir la tête de la grand-mère quand on revenait de la décharge, tout crotté ! se souvient Serge. Et sa tête quand ils font leur déballage sur le trottoir. Antiquaires en culotte courte, ils vendent pour quelques francs leurs trouvailles et courent s’acheter des bonbecs avec l’argent honnêtement gagné. Ce goût sucré des antiquités n’a jamais quitté Serge malgré bien des retournements.

DU JEU AU MÉTIER

A la vingtaine, Serge, banquier, se sent étranglé par sa cravate. L’excitation des places financières, les jeux d’argent et la rapidité des transactions l’ennuient. La chine le rattrape. C’est à nouveau avec un copain qu’il met le pied à l’étrier, rue des Rosiers. Rapidement, il arrive à Serpette mais l’appel du grand air se fait entendre et Paul Bert lui fait une place. Là, au grand jour, il propose tant du mobilier classique que des études de maître : dessins, peintures ou sculptures. Il vend mais c’est parce qu’il le faut bien. La malédiction de l’antiquaire a encore frappé : devoir se séparer de ce qu’on aime. « On se console en se disant qu’on a pu vivre avec pendant un temps, en profiter un peu… », philosophe Serge.

DES HOMMES ET DES ANTIQUITÉS

Chez Serge, il ne faut pas être prude. Qu’elles soient dessinées, sculptées, peintes ou coulées dans le bronze, les fesses masculines sont partout. Au mur ou sur la console. Sur une toile ou montées en lampe. Le corps viril est célébré dans toute sa beauté et sa délicatesse trop souvent oubliée. Même parmi les coquillages, vous pourriez avoir une surprise. La forme étrange de ces galets n’est pas l’œuvre de votre esprit mal tourné. Vous avez bien vu. Et Serge d’en jouer, de placer ces phalliques sculptures au milieu d’objets anodins. Si bien qu’une main aventureuse peut parfois être surprise et reposer, choquée, ce galet pourtant si inoffensif… pour le plus grand bonheur de Serge ! Mais ce blagueur est avant tout un esthète, un artiste qui chine aussi pour composer d’étranges sculptures. Dans des globes de verre du début du siècle, il élabore des compositions surréalistes de papillons, coquillages ou yeux de poupée qui auraient à n’en pas douter retenu l’attention de André Breton et ses compagnons.
Les antiquités, c’est toute sa vie. Qu’il les débusque dans les débarras, s’en inspire pour créer des œuvres poétiques ou qu’il s’en vêtisse, Serge est un chineur. Un vrai, et depuis son plus jeune âge.

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