Thomas Bonzom, l'antiquaire de la lumière

On fait difficilement plus lumineux. Le stand de Thomas Bonzom est un éblouissement permanent où l’on se promène, tête en l’air, le regard tourné vers un plafond illuminé. Cristaux, pampilles, verres de Murano, couleurs ou transparences, 1790 ou 1970, tout s’y mêle dans un encombrement éclatant. Ce baroudeur-surfeur-antiquaire jongle avec les styles, les époques et les techniques comme il jongle avec les sports extrêmes : guidé par son insatiable curiosité et son goût inextinguible de l’aventure.

D’UN ART DU FEU A L’AUTRE Expert en céramiques islamiques Haute-Epoque, c’est tout naturellement que Thomas Bonzom s’est intéressé à l’art de la lumière. Lustres, lampes, luminaires, tous touchent au maniement d’un autre art du feu, cousin de la céramique : la verrerie. Sans se brûler les ailes, Thomas s’est donc approché au plus près de cette pièce de mobilier qui n’en est pas vraiment une : suspendue, posée ou accrochée, elle ne meuble pas. Elle sublime un intérieur, qu’elle donne le ton de sa décoration ou, au contraire, qu’elle la signe. « C’est toujours la première ou la dernière chose que l’on achète », résume l’expert. Plus objet d’art que meuble donc, le lustre est vite devenu une passion addictive pour Thomas, charmé par la richesse des designs, des formes, des matériaux, des fonctionnalités et des usages. De l’éclairage direct à une diffusion médiée par une centaine de cristaux comme sur ce lustre iconique de Bakalowits & Sohne des années 60, la lumière est un art délicat qui nécessite une grande connaissance technique pour parvenir à ces effets féériques.

LA TECHNIQUE AVANT TOUT Chaque lustre est un casse-tête de restauration. Qu’on en ait pris soin ou qu’on l’ait négligé, leur matériau de base, le verre, est d’une redoutable fragilité. Pour parer aux incidents, Thomas dispose de milliers de pampilles de tout style et d’un large carnet d’adresses d’artisans (verriers, tourneurs, bronziers…) prêts à démonter, compléter et remonter pour redonner à l’œuvre son lustre d’antan. Plus délicate est la lumière. Comment, en effet, restaurer la luminosité ? Trouver les ampoules adéquates pour un luminaire XVIIIe ? Respecter les variations d’un bijou 70 ? Un véritable travail de sourçage s’opère alors. Thomas peut également faire appel aux innovations technologies dont il reste toujours informé. Ainsi, la LED peut parfois sauver un de ces lointains ancêtres. Loin de faire reculer Thomas, ce défi technique excite sa passion et donne encore plus de prix à ces découvertes une fois remises en état. Pour preuve, il n’oublie jamais d’immortaliser en photo le lustre avant et après. DE GRANDES MAISONS ET DE GRANDS NOMS A la variété des matériaux (laiton, acier, verre sous toutes ses formes) fait écho la diversité des maisons représentées chez Thomas : Baguès, Véronèse, Fontana Arte, Venini, Barovier, Seguso, Stilnovo, Arredoluce… On ne les compte plus ! A ces grandes manufactures qui ont marqué l’histoire de nos intérieurs et de leur éclairage s’ajoutent les signatures des designers du XXe qui se sont frottés à l’exercice et se sont même pris au jeu comme Gino Sarfatti, Angelo Lelii, Gio Ponti ou la créatrice japonaise Motoko Ishii dont les designs en forme de bulles de savon semblent constamment sur le point d’exploser. Des noms parfois aussi surprenants que les adresses où Thomas découvre ces trésors : du palais de Justice d’Amsterdam au Palazzo Grassi à Venise, les lieux les plus incroyables renferment souvent les luminaires les plus spectaculaires !

Thomas Bonzom, allée 4, stands 14 & 16, Serpette

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