Arts Forains

Les arts forains sont ancrés dans les arts populaires qui relèvent d'a priori et de jugements considérant cet art comme mineur. Or, les forains conçoivent leurs attractions comme des spectacles, faisant appel à des grands artistes et à toutes sortes de techniques scéniques et décoratives. En ce sens, l'Art forain est un art décoratif à part entière, fait pour émerveiller le peuple et volontairement chargé d'un grand pouvoir de séduction. 

Décorer c'est aussi faire le beau, parer, enjoliver, en rajouter encore pour attirer et convaincre d'avantage. Préalable à tous les courants, l'Art forain trouve son originalité dans les transpositions et chevauchements de styles: l'antique, le néo-classique, le baroque, le romantique;le symbolique, le réalisme. Alliant universalité et traditions locales, l'Art forain régénère tous les styles. Il en sort ainsi un art du sublime excès qui réinvente une atmosphère extravagante et ultra baroque qu'employaient les forains pour nourri un imaginaire artistique luxueux, flamboyant, subtilement libertaire et explicitement nostalgique. 

L'architecture foraine

Les montages et démontages fréquents des attractions foraines imposent une conception architecturales spécifique: légèreté, robustesse et simplicité des assemblages. Il convient d'occulter aux yeux du public la structure et sa mécanique, obligeant les charpentiers, ferronniers, mécaniciens; sculpteurs et peintres à travailler en étroite collaboration. Il en résulte une architecture à la fois décorative et variée, mélangeant les techniques (sculptures, moulures, peintures) et les matières en une sorte d'accumulation baroque. Les références constantes aux figures classiques de l'architecture et aux différentes codifications stylistiques attestent de la conscience qu'ont les constructeurs forains d’œuvrer pour un Art monumental. 

La sculpture foraine

Par son volume et son foisonnement, la sculpture foraine accentue cette architecture en trompe-l'oeil et occupe une place prépondérante au sein des arts forains. En effet, la qualité des oeuvres sculptées contribue à donner aux arts forains leurs lettres de noblesse. La sculpture foraine est toujours figurative, avec des représentations plus ou moins réalistes de formes animales ou humaines qui peuvent être de l'ordre du réel, mythique ou imaginaire. Bien souvent composite et creuse, elle est principalement réalisée dans des bois tendres et légers tels que le tilleul ou le sapin facilitant la manipulation et le transport. Elle peut être polychrome, ornée de verroterie ou recouverte de feuilles dorées ou argentées exacerbant l'aspect baroque et décoratif. Les décors en bois sculpté font le lien entre la sculpture et la peinture. Ces éléments encadrent les médaillons peints ou les miroirs, ornent les façades sous forme de colonnes aux chapiteaux divers, décorent les frontons de manèges Comme pour la sculpture figurative, une polychromie ou une dorure est souvent appliquées aux motifs ornementaux que sont les coquilles, volutes, feuilles d'acanthes... Ces boiseries contribuent à la surcharge caractéristique de l'Art forain. 

La peinture foraine

Les décors peints sont omniprésents sur les métiers forains et très divers: décoratifs ou figuratifs, monochromes ou polychromes, sur bois, toile ou tôle, et ornent les plafonds, façades, frontons et tours de mâts des manèges et baraques. Dans la plupart des cas, la technique picturale s'apparente à celle de la peinture mural. Les thèmes figuratifs évoquent des allégories ou des figures mythologiques, des paysages exotiques ou des scènes champêtres. Les peintres travaillent en atelier ou directement sur le champ de foire pour créer ou retoucher les oeuvres. Le repeint est fréquent, il n'est pas rare de trouver plusieurs couches de peinture sur un même support, et donc d'y déceler différentes époques et une grande variété de styles. 

Les écoles et les styles

Grâce au talent des sculpteurs, il est possible de dégager des caractéristiques de style parfaitement identifiables, permettant ainsi la définition de véritables écoles nationales d'Art forain. 

  • Le style français

C'est au sculpteur Gustave Bayol, basé à Angers, que l'on attribue le plus souvent l'origine de l'école française d'Art forain. La sculpture animalière a été grandement influencée par son réalisme, et présentait alors des lignes équilibrées, harmonieuses, d'un grand classicisme. Ce réalisme se retrouve aussi dans la sobriété des décors qui ornent les sujets de manège, les chevaux de bois français ne porte souvent qu'un simple collier et une selle plate. Traditionnellement le manège français est conçu autour d'un scénario, avec un décor thématisé et une cavalerie ne présentant souvent qu'un seul type de manège; la Belle Epoque a vu se développer des manèges avec des vaches, des cochons, des chats et même des harengs. L'architecture est décorée de figures ornementales classiques, répétitives, stylistiquement très codifiées. L'ensemble est traité avec un grand souci du détail. 

  • Le style allemand

Comme pour l'école française, le style allemand s'exprime essentiellement atour de la sculpture animalière dont Frederich Heyn est l'artiste le plus représentatif. Les animaux présents sur les manèges tels que les chevaux, les vaches, les animaux exotiques comme les lions ou les girafes ont en commun une certaine noblesse et des ornements très travaillés rehaussés de couleurs vives. Le style allemand développe l'aspect ornemental avec un extrême souci du détail anatomique comme en témoignent les musculatures visibles des chevaux. 

  • Le style belge

Comme Bayol en France, c'est un sculpteur d'art religieux qui influence de manière marquante l'école belge d'Art forain au XIXe siècle: Alexandre Devos. Imprégné de culture flamande, baroque et de références à l'Antiquité, il excelle dans la statuaire monumentale et les compositions allégoriques prennent place sur les façades des gigantesques carrousels construits à partir des années 1890. Les suiveurs de Devos, comme Jules Moulinas, intègrent des éléments d'Art Nouveau dans ce foisonnement baroque. Van Guyse pour la Belgique et Henri Devos pour la France, ont développé des personnages issus de dessins animés ou de la bande dessinée dès les années 1940, des sujets destinés à la fois aux adultes et aux enfants. 

  • Le style anglais

Le style anglais s'éloigne des autres écoles européennes par une stylisation plus poussée des motifs et une recherche graphique plus grande. Savage met au point les manèges mécaniques à vapeur dans les années 1850, Orton et Spooner sont à l'origine d'une importante fabrique mettant sur pied une série de sujets fantastiques dont les célèbres centaures à têtes d'hommes politiques des années 1900, Anderson accentue l'aspect maniériste de l'art anglais en créant des sujets de grande taille. Dès 1925, les artistes anglais, habiles à la stylisation adaptent la mode Art Déco à l'Art forain. Dès lors, les reliefs des sculptures cèdent peu à peu la place aux techniques plus plates dérivées du graphisme. 

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