Martial Chalvignac

Si selon ce jeune marchand « le beau n’a pas d’époque », il est tout de même certain que vous le trouverez dans les folies du mobilier qu’il présente sur son stand. Tout juste installé à Paul Bert Serpette, ce digne représentant d’une nouvelle génération d’antiquaires a déjà tout d’un grand, alors laissez-vous surprendre par sa sélection pointue…

Quel est votre parcours ?

Je suis issu d’une famille de marchands, depuis 4 générations et j’ai grandi dans un univers où l’on faisait très attention à la décoration, à la manière de regarder les choses et où le beau avait une grande importance. Au départ, je ne me destinais pas du tout au métier d’antiquaire, j’ai étudié la linguistique et l’informatique, pour travailler dans un domaine proche de l’intelligence artificielle. C’était très technique alors que j’avais envie de travailler. J’ai donc demandé à mon père si je pouvais le suivre et j’ai adoré cela ! C’est un métier très chronophage mais le matin, je me lève avec pour objectif de trouver de beaux objets et c’est incroyable.

Quelle est votre spécialité ?

Ma famille achète surtout des antiquités des XVIIème et XVIIIème siècles, mais j’ai appris seul à vraiment aimer cela car personne n’a jamais insisté pour que je fasse ce métier. Le XVIIIème siècle me passionne, c’est une période qui fut extrêmement créative et riche avec ses trois styles majeurs et leurs multiples transitions, ses ornemanistes, ses marchands merciers… Et tout est démultiplié grâce à ce qu’il se passe en Europe à la même époque dans les Arts Décoratifs.

C’est une époque qui marque un aboutissement de l’artisanat. Avec peu de moyens techniques, il y a pourtant une exactitude et une perfection dans les créations. Le XVIIIème est un siècle d’une grande joie. Mais le beau n’a pas d’époque et je suis ouvert à bien d’autre choses.

Pourquoi avez-vous choisi Paul Bert Serpette ?

C’est un lieu incroyable, extrêmement dynamique, où beaucoup de marchands et de marchandise se croisent. Ma famille a toujours chiné ici. Pour moi c’était l’occasion de présenter mes choix et en même temps de m’inspirer tout en étant face au marché.

Présentez-nous votre pièce coup de cœur ?

En ce moment je présente cette table de milieu italienne, rare et amusante. Le travail de sculpture est magnifique. Elle est en tilleul - essence de bois typique des productions italiennes, doré et polychrome. Son plateau peint, à l’imitation du marbre et amovible, ce qui est assez rare.

Ce qui est particulièrement beau sur cette table, c’est qu’elle est complètement prise par son décor de feuillage. Elle présente des motifs de lichens, un feuillage humide qui en fait une table naturaliste s’inspirant du mobilier de grotte, typique des folies du XVIIIème. Ce sont des extravagances de châteaux dans lesquels on recréait parfois des grottes, des volcans…

C’est une pièce que j’aime pour son esprit un peu virtuose, comme un défi d’architecture.