Sornay, André

André Sornay est né à Lyon. En 1920, à la mort de son père, André Sornay a 17 ans et abandonne ses études aux Beaux-Arts où il étudiait la décoration et l’architecture, pour reprendre l’entreprise familiale de meubles de style. Il créé immédiatement ses propres modèles tout en gardant le savoir-faire des artisans locaux employés par son père. Ignorant alors le monde de l’ébénisterie, il utilise ses connaissances de dessinateur et son goût pour l’architecture. Il abandonne complètement l’ornement et la courbe pour favoriser la ligne et l’équilibre des volumes. La jeune clientèle lyonnaise en demande de modernité est une chance pour lui.



En 1922, il expose pour la première fois à la Foire de Lyon. Dès lors, il simplifie les lignes et les volumes, sans abandonner l’héritage traditionnel de l’ébénisterie. Il est très remarqué, loué par les uns et critiqué par les autres.



En 1925, il ouvre son propre atelier à Lyon et expose à Paris, à l’Exposition Internationale des Arts décoratifs. Il est un acteur primordial de cette nouvelle période historique qu’on appelle Art déco. Il élabore des meubles sur mesure et multifonctionnels, dans une optique de recherche permanente de solutions techniques et de mise en espace du mobilier.



Dès 1928, André Sornay introduit la couleur et utilise la laque Duco. Il s’agit d’une peinture cellulosique applicable facilement au pistolet et utilisée dans l’industrie automobile. En 1932, il invente le « cloutage », un procédé technique de placage qui génère un effet esthétique. En 1934, il introduit le Pin d’Oregon dans ses fabrications (comme Legrain et Eileen Gray).



La Seconde Guerre Mondiale marque un tournant dans sa production. La pénurie des matériaux et la baisse de qualité le poussent à chercher de nouvelles solutions. Il perfectionne la standardisation de la production et met au point le principe du meuble entièrement démontable, un système de montage rapide des meubles dont il dépose différents brevets entre 1953 et 1955, la « tigette Sornay », précédent historique du mobilier en kit. Livré en kit, le montage est réalisé par ses ouvriers chez le client. En 1953, il expose à la Galerie Mai à Paris ce mobilier à tigette, qui sera par la suite distribué par Mennecy Décoration, et ce jusqu’en 1960.



Jusqu’au milieu des années 60 il travaille pour une clientèle de particuliers. Durant cette période il réalise de nombreux meubles à double fonctions, posés sur un piétement constitué de deux joues, comme Perriand et Prouvé.



André Sornay prend sa retraite en 1967 et ses enfants, Annick et Jean-Claude Sornay poursuivent l’activité en réalisant un mobilier pour les collectivités (bibliothèques, hôtels, cliniques, lycées, foyers de travailleurs, centres sociaux etc.…. Ce mobilier est souvent en hêtre massif et laques synthétiques.



Le bois reste le matériau de prédilection d’André Sornay, mais il explore de nouvelles techniques. Il joue constamment avec les possibilités nouvelles qu’offrent les matériaux et les techniques industrielles.



Le matériau est sa priorité, le bois est travaillé avec soin. La forme est considérée d’un point de vue architectonique, par ordonnances des tracés. Dans une esthétique de constructeur, il met en évidence la structure du meuble, ses volumes, ses formes géométriques. A cela s’ajoute une sensibilité picturale qui se traduit par l’essence des bois choisis avec soin, dont le veinage construit lui aussi le décor. Le contraste couleur/matière est omniprésent et le souci architectural prime sur celui du décor.



André Sornay peut être comparé à Alvar Alto pour son usage du contreplaqué, à Jean Prouvé pour sa démarche de constructeur, à Pierre Chareau et Jourdain pour la création de meubles combinables.



Sa force est d’avoir su percevoir les possibilités des nouvelles méthodes industrielles qui lui permettent d’augmenter la production et baisser les coûts. La technique supplante l’esthétisme, elle la subordonne, le détail utile compose le décor.