François-Xavier Chamagne : L'exigence de la jeunesse

" Il est où, le môme ? " entend-t-on dans les allées de Serpette. Le môme, c'est François-Xavier Chamagne. Mais ne vous fiez pas à son jeune âge, il est loin d’être un novice. Discret, il veille sur son stand, aux aguets. Prêt à montrer, à expliquer, à raconter. Les antiquités, il connaît. C’est son rayon, son domaine, sa passion. Arrivé en janvier 2015 à Serpette, il est marchand depuis huit ans déjà. Paul Bert Serpette, il en rêvait. C’est le lieu où il faut être. Surtout à ses débuts. Tout le monde passe par là, marchands, clients, parisiens et étrangers, amateurs ou connaisseurs. Au milieu des siens, on se sent entouré, soutenu, valorisé. Que demander de plus lorsqu’on démarre dans l’ancien ?

L’ÉCOLE DU TERRAIN C’est la rencontre avec un grand marchand parisien qui a fait plonger cet étudiant en géographie dans l’univers des antiquités. Il quitte alors les bancs de la fac et intègre Christie’s Education. Là, il accède aux lieux les plus prestigieux, de la Manufacture des Gobelins à la Cité de la céramique de Sèvres, et rencontre les plus grands professionnels du monde de l’art. De cette année privilégiée, il retient et raconte l’œil encore rêveur ce moment où il a pu tenir un dessin de Leonard de Vinci dans ses mains. Mais très vite, il ne tient plus en place. Il ne se satisfait plus d’apprendre, d’amasser les connaissances dans des notes. Il lui faut les éprouver, les mettre à l’épreuve et se frotter à la réalité. Il pose ses cahiers et rejoint cet antiquaire parisien qui lui a donné le goût de l’ancien. Sur le terrain, les mains dans les objets, il continue d’apprendre mais cette fois c’est lui qui va les chercher, les connaissances. A chaque nouvelle pièce, à chaque rencontre, à chaque vente, son goût se précise, son regard s’aiguise et son esprit s’affute.

L’EXIGENCE DE L'ÉCLECTISME Sa palette est vaste. De 1820 aux années 70, François-Xavier Chamagne ne recule devant aucun style, aucune époque. Véritable chineur, il débusque les objets à la source et s’entiche d’eux au coup de cœur. C’est la première émotion qui le guide et l’amène ou non à enquêter, remonter la source des origines, débusquer l’inconnu. Si la liberté et la mobilité du métier l’ont séduit, c’est aussi et surtout ce travail d’enquête qui le motive encore et toujours. Traquer la signature, l’auteur, l’époque et le lieu où a été créée la pièce rare, c’est le sel de son métier. Il y met toute son énergie car chaque objet est un pari.

LA DISCIPLINE DE LA RARETÉ La décoration, très peu pour lui. François-Xavier Chamagne privilégie l’objet d’art. Il goûte à l’unique, au rare et au signé. Ce qu’il propose à ses clients, c’est un investissement sur le long terme, sans préavis. L’intemporel est partout sur son stand. Ce ne sont que signatures rares et parfois méconnues qu’il invite à faire (re)découvrir. Dans la vitrine, verreries de Daum et vases de René Lalique. Aux murs, des photos de François Lochon, ce photo-reporter primé plusieurs fois et repreneur de l’agence Gamma en 2010 et celles de cette amie de Robert Doisneau, Yvette Troispoux, la « photographe des photographes » encore trop peu connue du grand public. Ces clichés en noir et blanc font face à une immense toile de Bernard Jardel, artiste du mouvement cinétique dans les années 70. Une commode Art Déco d’Eugène Printz des années 30 trône au milieu de ce stand qui résume à lui seul toute la diversité du marché.