Dans l’œil d’Aurélien Jeauneau & Jeremy Pradier-Jeauneau : le salon Fabiola de Pierre Guariche

Cette semaine, la galerie Pradier-Jeauneau vous convie à vous asseoir dans un des fauteuils aux lignes les plus internationales du créateur Pierre Guariche. L’ensemble Fabiola, du nom de la Reine des belges en 1960, réinvente le fauteuil « club »… d’après les mesures de Le Corbusier !

 

Le salon Fabiola de Pierre Guariche (1926-1995),

Restauration en mousse Bultex et tissus Maison Thévenon coton et lin Caulaincourt et Bouclette ivoire, Ed. Meurop, 1961

« Pierre Guariche n’aurait sans doute pas renié l’appellation « fauteuil international », tant l’Europe incarne tous les espoirs aux lendemains d’une guerre mondiale qui a meurtri le Vieux Continent. L’ensemble « Fabiola », produit en 1961, se compose d’une paire de fauteuils, assez cossus, et d’une déclinaison en banquette par un astucieux jeu de modules d’assise. Edité par une entreprise belge, chez qui Pierre Guariche occupe la place de directeur général depuis 1960, ce salon représente un symbole, celui d’une Europe fédéraliste, dynamique et heureuse.

 

Fabiola, la reine et le fauteuil club

Reprenant le mariage français du bois et du métal, Pierre Guariche imagine un fauteuil club qui renvoie à des inspirations outre-atlantiques. A 34 ans, le designer compte pas moins de dix années exceptionnelles de création à son actif. Le siège, son domaine de prédilection avec le luminaire, grandit au fil d’une production toujours plus affutée dans les lignes, toujours plus dépouillée dans l’ornement.

Le fauteuil « Fabiola » est composé d’un piètement métallique de section carrée qui vient soutenir une coque en bois tapissée. De part et d’autre, deux rectangles se fixent en trois points pour former les accoudoirs. Enfin, deux coussins viennent garnir l’assise et le dossier. L’ensemble, parfaitement juste, s’appuie sur le nombre d’Or de Le Corbusier, maître du modernisme, sacré après-guerre. Le rapport de forme vient souligner un jeu de rectangles apposés les uns aux autres, qui construisent un fauteuil à la ligne juste et parfaitement abouti.

Le pari de la modularité et des multiples usages, tenu dès 1955 chez Steiner par le designer, est gagné chez l’éditeur Meurop par ce modèle, standardisé et maniable, qui vient, par l’adjonction de chauffeuses, former une banquette droite, ou d’angle, complétée par un « guéridon carré » dessiné pour l’occasion. L’ensemble permet ainsi de le projeter aussi bien dans un intérieur domestique que dans un salon de direction de grande classe. En dessinant un fauteuil « club », peu encombrant et parfaitement confortable, Pierre Guariche offre à Meurop son premier grand succès.

 

Meurop = Meuble + Europe

D’abord fabricant pour les autres entreprises, l’entreprise belge se développe en produisant du meuble de série à la demande. Reprenant à son compte le principe de vente par correspondance d’un confrère suédois, l’expansion amorcée avant le Traité de Rome bondit à l’ouverture des frontières européennes. Meurop, contraction de « Meuble » et « Europe » se voit offrir un premier chantier d’envergure, l’ameublement d’une partie du siège de la Commission de Communautés Européennes à Bruxelles.

Le rayonnement international viendra par l’embauche du designer star français, Pierre Guariche, dès 1957, pour repenser entièrement le catalogue de l’éditeur pour une clientèle jeune et moderne. Des boutiques en France, en Hollande, en Allemagne et en Angleterre viendront soutenir l’activité florissante jusqu’au choc pétrolier de 1975.

 

Pierre Guariche, designer phare de la modernité

Né en 1926, Pierre Guariche sera une grande figure du design moderne et rationnel. Pierre Guariche sort diplômé de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris en 1949. Après deux années aux côtés de Marcel Gascoin au sein de l’ARHEC, il crée son agence, et ses premiers modèles sont édités par les meilleurs de la nouvelle industrie française : Airborne, Steiner, Meubles TV et Airborne notamment.

De 1954 à 1957, il s’associe à Michel Mortier et Joseph-André Motte et crée l’ARP, qui définira le style 50 français. Pour Pierre Disderot, il dessinera la plus belle collection de luminaires d’après-guerre, et chez Meurop, de 1960 à 1968, une formidable production de mobilier de série. De grands chantiers d’aménagement tels que la station de ski Isola 2000 à la Plagne et la préfecture d'Evry et l'appartement témoin d'une unité d'habitation de Le Corbusier a Saint-Etienne ont été réalisés par ses soins. »

 

photo d'archive : salon Fabiola, dans le showroom de l’éditeur, vers 1962 (in Meurop page 171, Aurelien Jeauneau, Pierre Guariche, luminaires - mobilier - architecture d’intérieur, coll., ed Norma Paris, 2020)

 

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