Dans l'oeil de Christophe Dupouy : la lampe 594 par Gino Sarfatti

Poésie de la lumière et de l’ombre, les « appareils d’éclairage » de Gino Sarfatti sont le reflet d’un géni éclairé. Cette semaine Christophe Dupouy nous présente le modèle 594, de 1960, édité chez Arteluce.

Gino Sarfatti, l’éclairage de l’intimité

Lorsque l’on demandait à Gino Sarfatti d’expliquer son travail, il se définissait comme créateur d’appareils d’éclairage. Débutons alors le propos en parlant « d’éclairage » et premièrement d’éclairage public. Sa fonction principale est de recréer la lumière du jour, celle du soleil qui est un éclairage homogène, omnidirectionnel, invisible.

Tout comme le soleil que l’on ne regarde pas, ces appareils d’éclairage, nous ne les voyons pas. Ils nous éclairent mais nous n’y prêtons pas attention. C’est l’éclairage des réverbères dans la rue, ou celui des rampes de néon dans les couloirs du métro.

En entrant dans nos intérieurs, l’éclairage passe progressivement du haut (d’une lumière générale et diffuse, qui se veut « naturelle » puisqu’elle essaye d’imiter celle du soleil), vers une lumière plus proche, plus intime.

Dans l’entrée de nos appartements par exemple, espace de transition entre le dehors et le dedans, on retrouve souvent un plafonnier ou des appliques qui diffusent une lumière plus orientée, plus décorative.

Dans le salon, elles ne servent plus tant à éclairer la pièce qu’à la décorer, embellir l’espace où on les dispose. Elles créent des pleins et des creux par les jeux d’ombre qu’elles dessinent. Elles vont mettre en valeur, en « lumière » un meuble, un tableau, le coin d’une pièce que l’on veut voir ou montrer.

Dans la chambre, le besoin d’éclairage devient tout autre, le caractère fonctionnel laisse sa place à une dimension plus intime, pour nous accompagner vers le sommeil.

Pour moi c’est cette lampe de Gino Sarfatti qui m’accompagne, je dois vous dire que j’en ai essayé beaucoup…

Quand la forme suit la fonction

Les luminaires de Gino Sarfatti ne portent pas de noms mais sont numérotés selon une classification précise, dans une volonté de rationalisation. La lampe ici présentée (594), fait partie de la catégorie des lampes à poser. Sa forme est très simple, c’est une tôle pliée en quatre, reliée grâce à une soudure invisible. Sa matière est très particulière, mat et à la fois velouté, sa peinture accroche véritablement la lumière. Gino Sarfatti utilisait des peintures issues de l’industrie automobile et de l’aviation, ultra résistantes pour pouvoir supporter la chaleur.

Rien n’est caché dans la conception de cette lampe. Le fil est apparent, l’ampoule bien visible et même mise en valeur par l’encadrement rouge. Ceci marque une constante dans le travail de Gino Sarfatti. Les fils font partie intégrante du design et mettent en valeur la fonction de l’objet, prépondérante à ses yeux.

Ce qui me touche dans cette pièce, c’est sa forme parfaite et minimale, sa légèreté et sa couleur rouge, qui la fait ressembler à un jouet d’enfant. Dès qu’on la voit, on a envie de la toucher, de la manipuler naturellement puisque sa taille épouse parfaitement la taille de la main. Selon l’usage souhaité, on peut l’orienter de multiples façons.

Pour Gino Sarfatti, la forme importe peu, ce qui compte, c’est la faculté d’éclairage et le fait que l’objet réponde au besoin de la personne qui l’utilise. C’est dans ce but qu’il créé cette lampe. La question du mouvement de la lumière est toujours présente Chez Gino Sarfatti. On peut toujours régler la lumière soi-même, de manière très simple. A l’époque, il n’y avait pas de variateur. Dans le cas de cette lampe, il n’y a qu’à la tourner manuellement pour moduler l’éclairage. On peut l’orienter pour lire ou au contraire le tourner d’1/4 de tour et masquer totalement sa lumière.

Tous les soirs, j’aime retrouver cette petite lampe. C’est un objet touchant, qui m’inspire avant de trouver le sommeil, il est apaisant dans sa pureté.

 

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