La faïence de Rouen
Les premières traces de la manufacture de Rouen remontent au XVIe siècle avec l’atelier de Masséot Abaquesne, qui décèdera en 1564. La manufacture retrouvera de sa superbe en 1644, date à laquelle Nicolas Poirel de Grandval, huissier de la reine Anne d’Autriche, obtint un privilège l’autorisant à faire de la faïence pendant 50 ans à Rouen, à l’abri de toute concurrence.
Rouen occupe à juste titre, le premier rang dans l’histoire de l’industrie céramique en France, non seulement par l’importance et le nombre de ses fabriques, mais aussi et surtout, par la perfection artistique de ses produits. Ce qui fait la supériorité des faïences rouennaises, en dehors de leurs fabrications irréprochables, de la beauté de leurs émaux, de la pureté et l’intensité de leurs couleurs, notamment du bleu, c’est le grand sentiment décoratif que l’on remarque dans toutes les pièces, même les plus ordinaires. C’est ce décor architectural qui met chaque motif à sa place juste et qui fait valoir harmonieusement non seulement l’ensemble de la forme, mais encore la plus petite moulure ou le relief le moins important.
Le décor des faïences de Rouen a beaucoup varié ; dans les premiers produits qui demeurent toute foi fort rares, une influence nivernaise est nettement visible, tant au niveau de la forme que du décor. Tout comme Nevers, Rouen débuta sa production par des plats et des assiettes à larges bords et à bassin étroit. Vers la fin du XVIIe siècle apparaissent sur les faïences le décor dit à lambrequins. Ce décor fut d’abord exécuté uniquement en camaïeu bleu. Il se composait généralement de deux motif alternés, reliés entre eux et répétés de façon à former une bordure sur le marli (partie courbe de l’assiette reliant l’aile au fond), ou sur le pourtour des vases, des aiguières, des saupoudroirs ou tout autre objet de forme symétrique. Cette répétition symétrique est l’un des caractères distinctifs du décor bleu rouennais.
A la fin du XVIIe siècle, on voit apparaitre des décors polychromes avec l’insertion de touches rouges, qui tend plutôt vers l’ocre en raison de la difficulté à maitriser cette couleur lors de la cuisson. Le décor à ferronnerie, dans lequel on retrouve comme une reproduction des beaux ouvrages de fer forgé de l’époque, mais dont les spécimens sont assez rares, paraît avoir été la plus ancienne manifestation de l’emploi des couleurs variées sur les faïences rouennaises.
C’est au XVIIIème siècle que l’utilisation de la couleur se généralise. Mais la technique de cuisson utilisée à Rouen, dit de grand feu (Le décor est posé sur l’émail cru puis est fixé par une cuisson à très haute température), ne permet qu’une palette somme toute restreinte : Le jaune antimoine, l’oxyde de fer rouge, le bleu cobalt et le vert de cuivre.
A partir de 1770, le déclin des faïenceries de Rouen est annoncé avec des tentatives d’emploi de la technique de petit feu (les couleurs sont posées sur l’émail cuit au préalable), tentatives qui ne seront que très peu concluantes. Ce déclin sera précipité par la promulgation du traité de libre-échange commercial entre l’Angleterre et la France, ainsi qu’à la limitation de l’utilisation de bois de chauffe pour la protection des domaines forestiers. En 1810, toutes les manufactures de Rouen cesseront leur activité.