Pierre Paulin est sur toutes les lèvres ! Après Vuitton et la Galerie Perrotin, c'est le Centre Pompidou qui lui consacrera ses salles en mai prochain. Une omniprésence qui illustre la longévité d'un style inimitable dont les pièces originales se chinent encore et toujours à Paul Bert Serpette.
Né en 1927, Pierre Paulin tenait à se définir comme un « autodidacte ». Sans le bac, ne pouvant postuler aux Arts Déco, il rejoint les bancs de l’école Camondo en 1951, influencé par un grand-oncle sculpteur, Freddy Stoll, et un oncle designer automobile, Georges Paulin. Elève de Marcel Gascoin, pionnier du design français, il entreprend un voyage avec son frère dans les pays nordiques à la recherche d’un design pensé pour l’usager. C’est d’ailleurs avec une société hollandaise, Artifort, qu’il fabrique entre 1960 et 1970 ses pièces les plus iconiques. Tel le fauteuil Mushroom ou F560, le préféré de Paulin, qui révolutionne le principe du montage d’un siège grâce à un jersey élastique qui enveloppe entièrement l’assise et le dossier.
Ce travailleur prolixe qui laissa derrière lui une quantité pharaonique de dessins dans ses cartons était un intransigeant au solide engagement social. Modeste, Pierre Paulin est dans la conception et non dans la création : la chaise, le fauteuil, la table, tout est déjà là. S’il les réinvente, il ne les crée pas puisque ils existent. « Un designer répond à une commande et à un cahier des charges ; c’est un chien en laisse. L’artiste, lui, est un loup, sauvage et libre. » De plein pied dans la réalité, dans le quotidien, il produit bon marché et dessine fauteuils de jardin en plastique et meubles de salle de bain pour Allibert, fers à repasser et rasoirs pour Calor,… Paulin s’adresse au peuple. Sans toutefois laisser les élites indifférentes…
[Il] a révolutionné aussi bien les intérieurs des baby boomers avec ses sièges en mousse houssée de textile stretch, que les appartements de l’Élysée, note sa biographe Nadine Descendre. Ses collaborations pour les pouvoirs publiques sont en effet nombreuses : de la Maison de la Radio en 1961 au Palais de Iéna en 1987, en passant par les appartements privés à l’Élysée de Pompidou en 1971, la mairie de Paris en 1985 ou le bureau commandé par Mitterrand en 1984 pour remplacer le décor Louis XV de De Gaulle. Quarante ans de collaboration avec le Mobilier national salué par les Gobelins un an avant sa mort.
Du Français moyen à l’homme de pouvoir, le style Paulin séduit tout le monde. Un style léger, qui n’a pas peur du vide. « Mes tables ? déclarait-il au Figaro en 1965, Je les vois de plus en plus légères, en quelque sorte des petits meubles volants jouant un simple rôle d’appoint. Leur silhouette ? Un piètement central sur base circulaire, un plateau s’évasant en champignon (…). » Sur ses bureaux, il a l’idée aérienne de suspendre les caissons garantissant ainsi la légèreté de l’ensemble. La simplicité chez Paulin est érigée en principe premier. Une simplicité intrinsèque qui l’amène à user du vocabulaire des éditeurs et fabricants pour encoder son mobilier de lettres et de chiffres.
Aujourd’hui rééditées par Artifort ou la maison d’édition dirigée par son fils, Paulin Paulin Paulin, les pièces d’époque sont de plus en plus rares… Ces derniers vestiges d’un goût pour une sobriété heureuse qui guida sa vie peuvent encore se trouver à Paul Bert Serpette.





