Dans l’œil de Nans Bouchet : La lampe Ará de Philippe Starck

Résumant parfaitement l’esprit des années 80, La lampe Ará est aujourd’hui le choix de Nans Bouchet, qui nous présente cette icône du design, de l’irrépressible Philippe Starck…

Philippe Starck présente les caractéristiques de l'un des rares "super-designers" qui ont réussi à influencer une génération de designers et de fabricants et ont eu un impact puissant sur les paysages domestiques et intérieurs. Il débute sa carrière en tant que directeur artistique de Pierre Cardin. En 1984, sa commande pour l'intérieur et l'ameublement du Café Costes à Paris attire véritablement l’œil du public. Avec une habileté pour l'auto-publicité et un charme éloquent, Starck a accueilli les nombreuses opportunités qui se présentaient à lui.  Il aborde et comprend les nouvelles technologies à la fois en tant que concepteur nécessitant leur application et en tant que consommateur souhaitant les adopter. 

En 1988, il réalise la lampe Ará. Dotée d’un pied/base circulaire, une tige droite et effilée et un capot réglable pour protéger et diriger la source lumineuse, sa conception conserve les caractéristiques de nombreuses lampes, mais l’originalité réside notamment dans le système d’allumage qui s’effectue en ajustant la tête de haut en bas. Cette conception reprend un langage et des formes caractéristiques de l’énorme portefeuille de travaux de Starck. L’Ará a été réalisé au moment où le nom de Philippe Starck commence à résonner comme étant familier de manière internationale. Son nom devient une marque associée à des produits de haute qualité. Cette lampe est une illustration de puissantes sensibilités, de conception et de marketing.

Elle est réalisée en acier chromé, hautement réfléchissant, évoquant le glamour, la richesse et une compréhension intelligente du design contemporain. L’abat-jour organique, évoquant une flamme, est une forme que Starck a utilisée tout au long de son travail. On la retrouve notamment dans ses réalisations de poignées de porte, de brosses à dents, sur certains meubles, mais aussi au sommet du bâtiment Asahi de Tokyo qu’il réalise en 1990. Ce vocabulaire distinctif fait de l’Ará, un classique du design, mais également un objet iconique reconnu comme étant conçu par Starck.

La lampe Arà est à la fois un défi technique et esthétique. Technique car Starck s’empare de l’ampoule G10 à 35W et 12V, la muni d’une lentille de protection ; esthétique avec une corne qui joue le rôle de réflecteur mais également d’interrupteur, le tout protégé par un doublage protégeant de la chaleur. En un sens, il plie la technologie au service de son image.  Ainsi pour l’éteindre, Philippe Starck oblige l’utilisateur à la prendre à pleine main. Comme prendre un taureau par les cornes. De l’humour à la Starck…

L'abat-jour organique en forme de flamme est une forme que Starck a utilisée tout au long de son travail, des poignées de porte et des brosses à dents à petite échelle aux meubles, en passant par l'énorme « flamme » sculpturale au sommet du bâtiment Asahi de 1990 à Tokyo.  C'est ce vocabulaire distinctif qui aide l'Ará à atteindre un statut classique, tout en attirant l'attention sur lui-même en tant qu'objet conçu par Starck.

L'abat-jour s'articule, comme beaucoup d'autres lampes, pour répondre aux exigences fonctionnelles, mais l'équilibre entre l'abat-jour, la colonne et la base crée un ensemble cohérent qui représente la juxtaposition réussie et individuelle des formes de Starck.

Une grande sensibilité émane de cette lampe, puisqu’elle porte le prénom de sa fille…