Behzad Ardalan, un rêve persan

Behzad Ardalan conte les histoires comme il les vit, avec vigueur et sagesse. Très attaché aux valeurs de son métier, cet antiquaire n’a eu de cesse d’ouvrir son œil aux tendances émergentes, préservant néanmoins son intégrité à cultiver sa passion des tapis anciens. Une touche de mobilier classique, un florilège de décoration XXème et quelques zestes de textiles anciens, telle est la recette de Behzad pour inspirer les plus curieux d’entre vous.

 

Racontez-nous votre parcours

D’origine iranienne, j’ai quitté mon pays en 1979 pour la France. L’envie féroce d’un meilleur avenir m’a fait fuir la révolution iranienne pour venir faire mes études supérieures dans un climat plus serein. En premier lieu, j’ai décidé d’apprendre le français à l’Alliance française et ai par la suite obtenu mon diplôme en sciences, mécaniques et mathématiques à Paris VI.

 

Parallèlement, je travaillais en tant que vendeur à Paul Bert Serpette dans les années 80. C’est ce petit boulot trouvé par pur hasard qui m’a finalement initié à l’univers des antiquités. Le métier d’antiquaire m’a progressivement conquis et je me suis installé avec mon frère à Paul Bert Serpette en 1992, sur le stand 192 allée 5.

 

Pourquoi vous-être tourné vers le métier d’antiquaire ?

Il y a 30 ans, je me suis pris au jeu. J’ai réalisé que je prenais autant de plaisir à acheter qu’à vendre et l’aspect relationnel du métier m’enthousiasmait chaque matin. L’aspect chercheur d’histoires est également passionnant. Être antiquaire requiert à mon sens du goût et de l’esprit. L’art de dénicher la pièce qui peut surprendre ou plaire et la rigueur de trouver son origine. Creuser et écumer les archives pour trouver l’époque, l’auteur, la technique employée d’une pièce fait partie intégrante du quotidien d’un antiquaire et stimule notre soif d’apprendre.

 

Pour les tapis, il est très difficile de savoir combien de temps un tapis a vécu, chez qui a-t-il vécu, combien de mains ont œuvré à son élaboration… Il faut analyser sa couleur et la technique de tissage dite « nœud de tapis » pour essayer de trouver sa provenance. Il est nécessaire de multiplier les recherches. Je pense avoir aiguisé mon œil au fil des années et bien étoffé mes connaissances. Concernant la tapisserie, retrouver l’atelier de fabrication est plus aisé. Quant aux pièces iconiques du 20ème siècle, je fonctionne à l’identique, je ne mets pas en vente un objet avant d’avoir la certitude du designer qui l’a conçu. C’est une sorte de pacte de confiance avec le client.

 

Quelle est votre spécialité ?

Fidèles à nos origines, nous avons commencé avec mon frère par proposer des textiles, des tapisseries et des tapis anciens, du 16 au 19ème siècle. Je proposais également de beaux objets 18ème ou 19ème. Aujourd’hui, le textile reste cher à mon cœur, mais à l’image de la mode, mon goût a évolué. Je sens que les clients sont aussi moins demandeurs. Les tendances se tournant davantage vers le design, j’essaie d’adapter ma marchandise tout en respectant une ligne de conduite très claire : aimer ce que j’achète avant tout. Je propose encore quelques pièces de mobilier classique mais suis très sensible à la belle décoration 20ème. Il faut croire en ce que l’on achète. En décoration, le goût compte, il faut aimer l’objet, poser un œil inspiré dessus et ressentir la curiosité de l’objet. Je ne peux acheter si l’objet ne me plaît pas.

 

Avez-vous parfois du mal à vous séparer d’une pièce ?

Certainement ! Il y a beaucoup de pièces que je regrette avoir vendues mais je pense que c’est plutôt bon signe. Il m’est arrivé de parfois en garder certaines, je l’avoue… Les anciens avaient pour habitude de dire « Vends et regrette après ». Vendre nous permet d’avoir l’argent nécessaire pour acheter de nouvelles pièces, la base même de notre activité. Mais une fois l’argent arrivé, la rareté de l’objet vendu nous reste en tête, alors même que l’on ne sait ce que l’on va trouver. Les regrets font partie du jeu, la beauté ou la rareté d’une pièce nous accompagne …

 

Que représente Paul Bert Serpette pour vous ?

Je suis établi à Paul Bert Serpette depuis une trentaine d’années et je lui resterai fidèle. Je n’irais pour rien au monde m’installer sur un autre marché. Les opportunités de partir ailleurs se sont pourtant déjà présentées mais il me tient à cœur de rester là, sur mes stands de Paul Bert. J’aime profondément l’esprit qui règne dans les allées depuis mon arrivée, « l’esprit Paul Bert Serpette ». Ce marché est authentique, c’est indiscutable.

 

Parlez-nous d’une pièce qui vous tient à cœur

Un très beau tapis me vient en tête, malheureusement vendu… C’est un tapis d’Aubusson datant du 19ème siècle d’une taille imposante de 5 mètres par 6, en parfait état. Les couleurs chatoyantes avaient attiré mon œil et le dessin m’avait grandement plu, floral, lumineux, joyeux... Avec l’usure et la lumière du soleil, les couleurs peuvent pourtant être ternies, or ce modèle avait préservé toute sa vivacité et ses contrastes. Je l’ai vendu à un décorateur belge qui le voulait absolument pour son décor.