Clair-obscur chez Laurent Vanlian

Collectionneur dans l’âme, grand amateur de mobilier XIXème, expert en luminaires et en art arménien, Laurent Vanlian nous ouvre les portes, très secrètes, de son antre.  Entre les dons aux Musées, la Biennale et les ventes à ses clients passionnés, ses collections restent pourtant rarement privées… Puits de savoir et réel enthousiaste à l’idée de transmettre, laissez cet antiquaire vous sensibiliser à son univers et révéler votre penchant pour le grand classique.  

Parlez-nous de votre parcours

Très jeune, je souhaitais être ébéniste. J’ai passé le concours de l’école Boulle mais n’ayant pas fait d’école préparatoire, je me suis finalement lancé dans l’importation de meubles anciens. J’ai donc commencé mon métier à l’âge de 19 ans en achetant un semi-remorque de meubles anglais, sans savoir ce qu’il y avait dedans.

Après avoir fait de nombreux salons à Fontainebleau avec du mobilier ancien importé, j’ai voulu me sédentariser et c’est ainsi que j’ai atterri à Paul Bert Serpette. C’était il y a 28 ans de cela. Après 36 ans d’activité, j’estime avoir encore énormément de chance de faire ce qu’on appelle un « Métier Passion ». J’ai le luxe de pouvoir acheter ce que j’aime et de pouvoir en vivre.

Justement, quelle est votre spécialité ?

Au commencement, je proposais beaucoup de mobilier français 17ème et 18ème, du grand classique. Avec l’argent que je gagnais, il m’était possible d’acquérir du mobilier 19ème, non pas pour prendre le contrepied des tendances de l’époque, mais par goût affirmé. J’achetais des meubles d’Edouard Lièvre et d’autres grands artistes français… Un jour j’ai décidé de vendre uniquement ce que j’aime : la création principalement française de 1830 à 1890, d’inspiration Renaissance, Gothique, Chinoisante, Japonisante…

J’ai toujours été accompagné dans mon travail, par ma femme au début, puis par un bronzier, un documentaliste et divers employés…

En parallèle de cette passion pour le mobilier, nous sommes spécialisés dans le luminaire ancien, du lustre XVIIIème en cristal ou cristal de roche, au luminaire de 1890. Avec notre atelier et notre stock de 30 000 cristaux anciens, nous pouvons restaurer des lustres sans avoir besoin d’y rajouter des pièces neuves. La magie du cristal et l’habillage en bronze donne un aspect sculptural aux luminaires anciens que j’envisage davantage comme une œuvre d’art qu’un système d’éclairage.

J’éprouve un certain plaisir à garder le mystère autour de mes pièces. J’attends de connaître les envies d’un client, cerner son goût et je propose ensuite du mobilier pouvant lui correspondre. Je ne vais jamais à contre-courant de mon goût personnel. Si je ne vends pas un meuble, cela ne me dérange pas de vivre avec.

Mais si vous aimez tant vos pièces, n’avez-vous pas parfois du mal à les vendre ?

Cela dépend du client, si je sens qu’il est averti, il m’est plus facile de lui vendre. Je fais confiance au décor qui accueillera l’objet.

Mes clients partagent souvent ma passion et viennent me voir à minima une fois par an, pour l’assouvir. J’aime sincèrement cet aspect relationnel de mon métier. Etant collectionneur dans l’âme, j’ai besoin d’aimer pour acheter. Si j’aime, je ne compte pas, et peux alors succomber à une certaine euphorie…

Vous arrive-t-il de prêter vos pièces à des musées ?

Il m’arrive couramment de prêter des pièces à des musées en France comme à l’international, pour alimenter des expositions et faire rayonner la création du XIXème, très souvent au Musée des Arts Décoratifs d’ailleurs. Pour l’année du Dragon à Hong Kong, j’ai par exemple prêté des meubles de style japonisant ornés de dragons. Le musée de l’architecture présentait quant à lui une exposition sur le célèbre Geoffroy-Dechaume, j’y ai alors apporté une douzaine d’objets rares. Si des conservateurs me contactent, je suis heureux d’offrir mon soutien, par amour de l’art, cela fait partie de la pensée du métier. Un antiquaire prend souvent plaisir à acheter toute l’œuvre d’un artiste, ce qu’on appelle « faire une intégrale », pour le plaisir de constituer une collection.

Comment avez-vous agencé votre stand pour valoriser au mieux vos collections ?

Mon stand est constitué de deux espaces. L’un est envisagé comme un boudoir, un petit cabinet de curiosité aux murs sombres, tapissées de tissus damassés. Le petit boudoir prouve aux collectionneurs aguerris qu’ils peuvent se créer leur propre intimité dans un petit espace, avec un mobilier qui peut ne pas plaire à leur conjoint(e). Au-delà d’inspirer, il permet également de créer un espace chaleureux pour discuter avec les clients et établir une relation de confiance. Les bons clients sont devenus des amis et cela n’est pas un hasard. L’autre côté est plus moderne avec son sol en marbre de Carrare, la clarté qu’offrent les miroirs et les murs blancs.

Quelle pièce souhaitez-vous nous présenter aujourd’hui ?

Je viens tout juste d’acheter un grès de Jules Ziegler, un artiste que j’affectionne. J’ai par le passé, offert deux pièces de cet artiste au Musée des Arts Décoratifs pour compléter une série plutôt rare que la conservatrice cherchait depuis une vingtaine d’années. Ce n’est pas une pièce chère mais c’est une pièce muséale dont j’apprécie la patine et les détails. J’ai directement projeté cette gourde dans un ensemble. J’aime composer des décors et certaines pièces attirent mon œil instantanément par leurs volutes et leurs couleurs que je visualise au milieu de pièces que je possède déjà. Je pense d’ailleurs la ramener chez moi pour le moment.

Pourquoi Paul Bert Serpette ?

A mon sens, c’est le meilleur marché. Il possède une bonne dynamique et la clientèle est dotée d’une certaine éducation artistique. Paul Bert Serpette est finalement un musée où l’on peut acheter…