Dans l'œil d'Aurélien Jeauneau : Les chauffeuses SFC3001 de Michel Mortier

© Yann Morrison
© Yann Morrison

A partir des années 50, les designers font de la chauffeuse - petit fauteuil sans accoudoirs, une création incontournable dans leur corpus de création : compacte, multifonction, elle peut servir aussi bien en coin de pièce dans une chambre, en paire dans une entrée ou en groupe dans un hall d'école, d'hôpital ou d'entreprise. 

Ce petit siège n'échappe pas au designer - architecte Michel Mortier (1925-2015), jeune designer français contemporain de Pierre Paulin et Pierre Guariche, avec lequel il forme l'Atelier de Recherches Plastiques, de 1954 à 1957 avec Joseph-André Motte. A trois, ils révolutionneront le style français. 

Michel Mortier ne dessine pas des meubles, il construit des pièces. Chaque élément produit, définit un peu plus sa pensée d'avant-garde : l'intelligence des formes ne s'imbrique que dans l'évidence d'une fonction. La chauffeuse SFC 3001, dont on ne connaît aujourd'hui que 4 exemplaires, est un manifeste. Les volumes sont ici justement pensés, de la structure en bois jusqu'au carré induit dans l'espace par le dossier et l'assise. Le dépouillement de la pièce, rendue à son unique utilité projette la réflexion de Michel Mortier au-delà d'une simple chauffeuse. L'intemporalité du dessin et la maîtrise technique acquise au designer en font aujourd'hui l'une de nos découvertes les plus rares et intéressantes de cette année.  

En tant que marchand généraliste qui défend le goût français, ces chauffeuses, cossues et spectaculaires avec cet ornement par le vide nous montre tout ce que les années 70 et 80 doivent aux années 50.

Formé à l'architecture, Michel Mortier fait ses armes au Studium Louvre avant de quitter Paris pour Bruxelles, et d'intégrer le département mobilier du Bon Marché. Son talent est repéré très tôt par Marcel Gascoin, qui l'engage à 24 ans et le place en directeur d'agence de l'ARHEC jusqu'en 1954. Montant son agence de design et d'architecture en 1959, Michel Mortier explore la peinture et le graphisme pour en tirer de nouvelles formes. Son séjour canadien, où il enseigne, l'amène à être l'un des créateurs les plus dynamiques à l'Exposition Universelle de 1967. Michel Mortier a été récompensé par deux fois pour son travail : en 1954 à la Triennale de Milan et en 1963 par le prestigieux prix René Gabriel.