Dans l’œil de Jeremy Pradier Jeauneau– le day bed de René Gabriel

Le day bed de René Gabriel

Cette semaine, Jérémy Pradier Jeauneau met en avant un day bed de René Gabriel, datant de 1946, nous plongeant au cœur de la Reconstruction française. Fervent défenseur du mobilier de cette période particulièrement riche et fondamentale, il met en lumière cette pièce iconique, pure incarnation de la modernité.
 

Au cours de la seconde guerre mondiale, une grande partie de la France est détruite et au sortir de ce conflit, l’enjeu de la reconstruction est de taille. Un ministère dédié est donc créé en octobre 1944. Dans le domaine de l’architecture, des villes comme le Havre ou Royan qui avaient été complètement détruites vont être caractéristiques de cette période. Concernant le mobilier, le mobilier fabriqué en série, décrié dans l’entre-guerre, s’avère la solution la plus rationnelle et la plus immédiate pour pallier à l’urgence.
 

René Gabriel est le designer français qui va très tôt, pousser ses recherches pour imaginer du meuble bien conçu à destination du plus grand nombre. Avec le Front Populaire, va émerger une classe moyenne désireuse de se meubler avec des matériaux de qualité, à des prix intéressants. Gabriel va alors commencer à réfléchir à la notion de « rustique moderne » se matérialisant par le développement de meubles fonctionnels et économiques. Ses idées étaient presque trop avant-gardistes… Dans les années 1930, les classes populaires n’ont aucune envie de se voir attribuer un type de mobilier, préférant de loin les meubles compliqués d’aspect bourgeois, avec dorure, laques et volutes !
 

Dans la Reconstruction, le travail de René Gabriel va trouver un sens et enfin incarner la modernité. Durant cette période, il va complètement s’épanouir et inventer le design moderne. Contemporain de Charlotte Perriand et de jean Prouvé, René Gabriel est sans doute le plus artisan d’une “modernité sociale”.
 

Ce lit de jour est un parfait exemple. Au départ, c’est un lit d’enfant, une déclinaison du modèle 155. Il représente la quintessence de cette période, très moderne dans son rapport au bois, à la simplicité. Il questionne sur le rapport au chic et montre qu’il peut se trouver dans les lignes pures et simples. Le travail sur le piètement est particulièrement intéressant. Au-delà des innovations techniques, on sent que René Gabriel est un vrai dessinateur. L’utilisation d’un bois de pays, ici le chêne pour sa grande résistance renvoie aux travaux anciens d’ébénisterie, d’une simplicité et d’une élégance incroyable.
 

C’est une très belle pièce de design qui trouve parfaitement sa place devant une belle bibliothèque, dans un salon, dans une décoration actuelle.

 

 

 

 

 

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