Dans l’œil de Jérome Chedmail

Difficile de ne pas être ébloui en découvrant le stand de Jérôme Chedmail, tant il regorge de pièces signées des plus grands noms de l’Orfèvrerie. Ici, les collectionneurs chevronnés viennent chiner la pièce introuvable et se laissent surprendre par les trouvailles de ce passionné. Aujourd’hui, il nous présente une pièce qu’il affectionne particulièrement :

« Nous avons ici une belle série de cuillères à moka en argent massif avec le cuilleron vermeillé. C’est un modèle Art Nouveau réalisé par Cardeilhac, un orfèvre très connu qui faisait parti des plus grandes Maisons.

Cet ensemble est très atypique, composé de deux séries de six sur lesquelles on peut voir tout un panel d’ornements typiques de l’Art Nouveau. Le travail bicolore entre le vermeil et l’argent est magnifique. Ces cuillères sont dotées d’un très beau travail d’amatie, les fleurs brillent et l’argent reste mat derrière. Il est également très intéressant d’observer que sur le décor de certaines cuillères, on peut voir poindre les prémices de l’Art Déco. Cet ensemble est un bel exemple de transition entre l’Art Nouveau et l’Art Déco.

La particularité de ces cuillères est leur aspect bicolore. Pour vermeiller certaines parties de la pièce, on applique de la cire au pinceau sur la partie qui ne doit pas être dorée. Pour réaliser ces cuillères, l’orfèvre est réellement allé vers la difficulté. C’est un travail très élaboré, d’une grande précision et qui n’est quasiment plus réalisable de nos jours ou alors à des tarifs beaucoup plus importants. Il fut un temps où dans l’orfèvrerie, la qualité primait sur le tarif. L’important étant de faire mieux que son voisin, les grandes Maisons se battaient pour réaliser la plus belle qualité possible.

Nous sommes entre l’utilitaire chic et l’objet de collection. Cette pièce va évidemment attirer les collectionneurs d’Art Nouveau, les clients Asiatiques en sont particulièrement friands.

L’Art Nouveau se situe entre 1895 et 1910-1915. C’est la première guerre mondiale qui va en marquer la fin. L’orfèvrerie Art Nouveau est donc très difficile à trouver car inscrite dans une période très courte.

Personnellement, l’Art Nouveau est une période que j’affectionne particulièrement et que je collectionne. Les pièces sont très qualitatives et dures à trouver. J’ai gardé ces cuillères un moment avant de me décider à les vendre. En 20 ans, ce n’est que la deuxième série comme celle-ci que je trouve.

C’est un objet qui peut être très plaisant pour Noël, ce n’est pas un gros prix, aux alentours de 600€. »