Dans l’œil de Juncal & Jean-Pierre Carpentier : la restauration d’un majestueux lustre de l’Alhambra 

En couple à la ville comme à la scène, passion et précision unissent Juncal et Jean-Pierre Carpentier, deux antiquaires aux multiples facettes qui nous parlent aujourd’hui d’un lustre de l’Alhambra chiné puis entièrement restauré dans leur atelier. 

Juncal & Jean-Pierre : Ce lustre provient de l’Alhambra, une salle de spectacle de la rue de Malte dans le 11ème arrondissement de Paris inaugurée en 1866, remaniée durant différentes années pour finalement fermer en 1967. Salle qui fut d’ailleurs reconstruite en 2008, rue Yves Toudic.

Avant la démolition de 1967, le mobilier et les pièces de lustrerie ont été vendus, notamment à des antiquaires, et de facto dispersés aux 4 coins de la France. A l’origine, la salle comptait, entre-autre, quatre lustres montgolfières identiques ; que nous avons pu acquérir, il y a dix ans de cela. Les lustres étant, bien évidemment, démontés. 

Juncal : Il y a deux ans environ, Jean-Pierre, qui possède son propre atelier de restauration, a décidé de restaurer l’un des lustres : remet en état la dorure, remonte les guirlandes une à une, identifie les pièces manquantes et part à leur conquête… Au vu de leur taille imposante, environ 180 cm de hauteur par 140 cm de diamètre, mon époux les a rénovés l’un après l’autre, avec patience et rigueur. 

Jean-Pierre : Le processus de restauration distingue plusieurs étapes clefs. En premier lieu, chaque élément est entièrement démonté. Par la suite s’impose le traitement de dorure, à savoir : décapage, polissage, dorure puis patine. Et la ré-électrification…

N’oublions pas le plus fastidieux : le tri des cristaux de tailles variées, entre 1 à 4cm. Tous démontés et mélangés entre eux, je les ai triés par taille décroissante et classés. Il faut savoir que les chaînes du lustre contiennent approximativement, en fonction de leur taille, 30 à 50 cristaux. Il m’a donc fallu attacher les cristaux les uns aux autres, en restant attentif à garder un écartement similaire entre chaque, ce que l’on appelle le serrage des guirlandes, afin d’obtenir des chaînes de taille identique pour un ballon de chaînes uniforme. 

Juncal : Vous imaginez toute l’importance de la méthode ! Jean-Pierre et son père ont d’ailleurs toujours eu pour habitude de collectionner les cristaux de tout style et toute taille, ce qui leur confère aujourd’hui un stock inestimable. S’il manque des cristaux, il peut dès lors chercher dans son atelier et, souvent, trouver les pièces manquantes. Au-delà du défi de rénover ce lustre, Jean-Pierre s’investit corps et âme et ne voit plus les jours passer, je lui ai déjà suggérer de quantifier son temps de travail mais il s’y refuse, « quand on aime, on ne compte pas ». 

Jean-Pierre : Chiner est un grand moment du métier que je savoure, mais faire revivre des objets, donner une seconde vie à des lustres riches de leur histoire, m’anime tout autant. Au fil des années, l’expérience a fait mon œil. 45 ans de lustres ont façonné ma pensée et je sais aisément, au regard d’une ancienne pièce, comment le lustre est monté. A force d’avoir vu défiler des centaines de modèles dans mon atelier, j’arrive désormais à savoir si les pièces manquantes font partie de mon stock ou non, la plupart du temps... Toutefois s’il manque un élément, tel qu’un bras par exemple, nous l’envoyons en fonderie puis il est reciselé en atelier, redoré, ressoudé et remis en état afin de s’intégrer en toute conformité avec les autres éléments. 

Une anecdote me vient à l’esprit. Il y a quelques années de cela, j’ai été appelé au chevet d’un lustre Baccarat de six ou huit appliques environ avec des branches de châtaigniers, comprenant glands en bronze et feuilles de châtaigniers en pâte de verre. Après un léger incident chez le client, certaines branches se sont cassées. 

Nous avons donc fait appel à Baccarat afin de refaire les pièces nécessaires. La Maison avait la capacité de produire une branche par mois. Le travail étant spécifique, il fallait créer un moule, à chaque reprise, pour du cristal coulé, ensuite il fallait dépolir etc... Nous avions besoin de 12 branches, malheureusement au bout de la 5ème, le fabriquant ne pouvait plus les produire à la suite d’un problème technique. 

Deux jours plus tard, je me promène dans les allées de Paul Bert Serpette et que vois-je, comme par miracle ? Un gland de châtaigner qui m’apparaît familier… Pourquoi mes yeux se sont soudainement posés dessus, ce jour-là précisément, je ne me l’explique pas. Le marchand me voyant contempler cette pièce en bronze m’apprend qu’il possède également des feuilles de châtaigniers. La magie des Puces opère, j’ai pu acheter les 7 feuilles manquantes à mon lustre. C’est un modèle que je n’avais pourtant jamais vu dans ma carrière !