Dans l’œil de Philippe Schuermans : le sisal par Cornelis Hoek

Poésie de l’objet, je te fais mienne. Philippe Schuermans est un conteur dans l’âme et chacune de ses trouvailles l’amène vers de nouvelles contrées, auxquelles il rend hommage au travers de ses mises en scènes. Inspiration, documentation, tels sont les maîtres mots de cet antiquaire qui nous présente aujourd’hui une tapisserie de Cornelis Hoek aux côtés de sculptures en bois représentant Adam et Eve…

 

« Cette tapisserie murale a été réalisée par Cornelis Hoek et exposée au Centrum de Vaart à Hilversum aux Pays-Bas en décembre 1974. Il se trouve qu’elle n’est pas signée et seuls les connaisseurs peuvent reconnaître le travail de cet artiste. Sensible aux œuvres de Cornelis Hoek, j’avais justement la documentation nécessaire pour apprécier la tapisserie à sa juste valeur. Je l’avais d’ailleurs immédiatement reconnue, ayant le catalogue en mémoire, dans un coin de ma tête. C’est à ce moment-là qu’il faut s’écouter et acheter la pièce. J’ai alors pu l’acquérir à un prix raisonnable et les archives en ma possession m’ont permis de retracer son histoire, mettre un nom, une date et retrouver le lieu d’exposition…

Né en 1937, Cornelis Hoek est un artiste néerlandais qui a finalement très peu créé de tapisseries, 14 pièces uniques. Il s’est par la suite tourné vers la peinture et a abandonné l’art de la tapisserie. Ce modèle est en sisal, torsadé et tressé, la matière est à l’honneur notamment avec les boucles centrales qui apportent relief et caractère. Il est bon de savoir que le sisal était un matériau très peu utilisé en art, à cette époque. Il était plutôt dédié à la corderie pour fabriquer des amarres de bateaux, par exemple. Le sisal étant difficile à travailler, les tapissiers préfèrent habituellement des supports plus commodes tels que la laine.

 

Très décorative, la tapisserie est revenue au goût du jour et ce modèle s’ancre tout particulièrement dans la tendance du moment entre brutalisme et minimalisme. Le grand format de 190 par 130 cm, la couleur qui tend vers le « rouille » ... Elle représente à mon sens un tableau, tout en texture, et peut également servir de fond pour sublimer d’autres objets posés devant.

 

Je la présente d’ailleurs avec deux sculptures représentant Adam et Eve, sculptées dans du bois de pin. L’anecdote est assez amusante. Un collectionneur africain m’a un jour appelé afin de me proposer des objets de sa collection personnelle à vendre. N’étant pas fin connaisseur en Art Africain, je refuse habituellement ce genre de propositions mais ce jour-là, ma curiosité m’a guidé chez cet homme.

 

Je trouve donc une rangée de statuettes et autres objets africains dont je ne pouvais certifier l’authenticité. Par prudence, je n’ai pas acheté de pièces de cette collection mais les sculptures d’Adam et Eve, disposées dans un coin, ont attirées mon œil. Datées des années 1960, elles sont fabriquées par un français installé en Afrique et signées UZY. Leur aspect art naïf, leur couleur tirant sur l’ocre s’accordent à mon sens parfaitement avec la tapisserie et renforcent l’aspect brutaliste que je voulais mettre en avant. »