François Tardif, passeur d’histoires

Passeur d’objets, de fragments d’Histoire, François Tardif est toujours en quête de savoir à transmettre à ses clients. Une passion sans faille pour le grand classique que 42 ans de métier n’ont fait que confirmer. Cet antiquaire érudit rencontre des objets grâce à son œil sûr, alors venez écouter les histoires des pièces, chinées avec passion, que François vous racontera avec toujours autant de plaisir.

Quel est votre parcours ?

J’ai commencé par des études d’ingénieur dans les travaux publics que j’ai rapidement arrêtées. Ma mère étant marchande, elle m’avait transmis le virus, je ne pouvais donc pas faire autrement que de plonger dans le métier. Cela fait exactement 42 ans que j’exerce sans interruption et ce qui est très curieux, c’est que je ne m’en lasse pas. Je suis toujours aussi passionné et c’est une qualité essentielle pour exercer ce métier qui demande maintenant beaucoup de travail et de compétences, ce qui n’était pas forcément le cas quand j’ai débuté.

Quelle est votre spécialité ?

J’ai une base très classique. Pendant 25 ans, je me suis passionné pour le 17ème et le 18ème siècle français, le mobilier, la faïence et la peinture.

Au 18ème siècle, il y a une telle évolution, un tel désir de décorer les intérieurs avec de multiples sources d’inspiration que tout cela a créé un foisonnement grandiose et a débouché sur des styles qui ont évolué. On constate d’ailleurs qu’au 19ème siècle, bien qu’il y ait de la modernité, on va reprendre tous les styles antérieurs et les transformer. J’ai également une affection particulière pour le style Haute Époque que l’on date de la fin du Moyen-Âge jusqu’au 17ème siècle.

Maintenant j’essaie de me diversifier un peu sur le mobilier du 20ème pour répondre à la demande, mais ma passion première pour le classique est intacte.

Nous avons la chance de travailler sur des domaines gigantesques, nous n’avons jamais fini d’apprendre et c’est ce qui m’enthousiasme. C’est le côté magique du métier !

Quel est votre rapport aux objets ?

Les antiquaires sont des passeurs, des découvreurs d’objets. Nous sommes là pour les transmettre, mais bien plus encore pour raconter l’histoire qui fait de l’objet ce qu’il est. Le vrai sens de notre métier est d’aller les découvrir, les présenter et les transmettre aux collectionneurs. Nous oscillons entre le besoin de possession et la nécessité de vente et nous vendons parfois à regret des pièces que l’on a réellement désiré et réussi à obtenir.

Pour vous que représente Paul Bert Serpette ?

Bien plus que mon lieu de travail, c’est un marché que j’aime beaucoup pour son ambiance, sa diversité, son aspect paysager, ses allées où il fait bon se promener.

Quelle pièce de votre stand vous tient particulièrement à cœur ?

J’ai un chapiteau roman en calcaire, qui date de 1150. Il a été monté en bénitier, vraisemblablement à la Renaissance. On peut y voir une représentation de Saint Pierre prisonnier, avec des hommes en cotte de maille, et l’Archange venant pour le délivrer. Durant cette période, chaque chapiteau racontait un épisode de la vie du Christ. Ces sculptures constituaient en quelques sorte, la bande dessinée du 12ème siècle et servaient à éduquer les fidèles ne sachant pas lire. Il est également intéressant de souligner qu’à cette époque tout était polychrome. Je n’ai pas réussi à déterminer sa provenance précisément, les sculpteurs se baladant dans toute la France. J’ai rarement eu un chapiteau possédant d’aussi jolies proportions, les détails sont magnifiques.