Gabriel Bousquet, la Liberté des antiquités
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne passe pas inaperçu. Lui-même le reconnaît. Vous l’apercevez de loin, arpenter les allées d’un pas nonchalant, avec sa dégaine d’adolescent. Casquette vissée sur la tête, histoire de coiffer ses cheveux hirsutes, clope au bec et Ray Ban sur le nez, Gabriel Bousquet fait partie de ces figures qui s’imposent et ne s’oublient pas. Son sourire en coin, son visage buriné par le temps et cet air faussement désordonné, tout indique que derrière les lunettes, il s’en est passé des choses avant son arrivée à Paul Bert Serpette il y a tout juste deux ans.
LE GRAND AIR PLUTÔT QUE LE BARREAU Gabriel Bousquet n’est pas du « sérail » comme il dit. Les Puces et lui, c’est une histoire de hasard, de goût… et de potes. Bon élève, étudiant en droit à la fac à Assas, pigiste à ses heures pour l’Union de Reims, il se destine au barreau après l’armée bien sûr. « Dans une famille d’officiers, impensable de se faire réformer ! » Finalement, il se lance dans l’informatique et travaille quelques années pour un grand groupe. Las d’une routine abrutissante, d’un enfermement contraignant et d’une hiérarchie pesante, il finit par faire ses valises alors qu’un ami l’appelle pour un projet incongru. Et voilà que ce juriste un peu geek se retrouve à gérer un chantier de ferraille, un domaine auquel il ne connaît rien. DE L’ART DE SAUVER LES OBJETS Sur ce chantier, Gabriel va avoir du flair. Lui qui a toujours apprécié la décoration se retrouve entouré d’objets métalliques et industriels remisés aux ordures. Il n’a qu’à se pencher, ils sont là, voués à disparaître. Lui décide de les garder, de les sauver en quelque sorte en les entreposant dans un hangar. On est alors au début des années 2000. La mode du mobilier industriel débarque et les trouvailles de Gabriel trouvent très vite preneur, notamment aux Puces. C’est son premier contact professionnel avec la chine qu’il fréquentait jusqu’alors en badaud. Très vite, il se prend au jeu et contracte le virus de la quête, ce « frisson » qui rend accro.
UN ÉTERNEL DÉBUTANT Autodidacte, Gabriel apprend sur le chantier de ferraille d’abord puis dans une galerie de design ensuite. Lorsqu’en mai 2013, son pote Didier, ancien collègue dans l’informatique, lui propose de s’associer pour prendre un stand « forcément » à Paul Bert, il saute sur l’occasion. Le grand air, les objets, les voisins, son choix est vite fait. Ca fait maintenant deux ans. Deux ans passés dans l’allée 4, entouré de marchands qui le guident, le conseillent, l’avertissent parfois. C’est avec eux qu’il avance, Gabriel, et c’est qu’il en a parcouru du chemin. Plus de mobilier industriel dans son stand. Aujourd’hui, c’est le classique qui lui fait de l’œil, qu’il prend plaisir à chiner, manipuler, restaurer. Car ce qui l’intéresse, Gabriel, c’est le « potentiel de l’objet ». Le souvenir de la proximité de son père, ébéniste amateur, avec les meubles. Toujours à monter une commode, à poncer une table dans son bel atelier. Ce souvenir l’a marqué et il est toujours difficile d’échapper à ce qu’on a connu. Au risque de dérouter sa femme et ses filles qui chaque matin voient apparaître ou disparaître des meubles dans leur maison de Compiègne, succursale de son stand dont il n’est pas prêt de baisser le rideau.
Gabriel Bousquet, stand 154, allée 4, Paul Bert
Découvrez aussi :
