Gérard Guignard, un Américain à Serpette

La constance de Gérard ? Son sourire. Toujours aux lèvres, jamais dans sa poche. Ajoutez à cela de grands éclats de rire qui ricochent sur les murs de son stand et s’éparpillent dans l’allée 1 de Serpette. La casquette vissée sur la tête que les années ont débroussaillée, il sou-rit inlassablement, trop heureux d’avoir trouvé son petit coin de paradis à lui.

UNE HEUREUSE RENCONTRE

Comme souvent aux Puces, tout commence par une rencontre. Une heureuse rencontre dans le cas de Gérard qui lui ouvre les portes du monde des antiquités et notamment des Puces de Saint-Ouen. Un monde encore inconnu pour ce dirigeant de multinationale plus coutumier des attachés-cases que du mobilier classique. Et là, la magie opère. Dans ce monde libre, où le beau et le rare sont les seules contraintes, Gérard se sent bien.

DU CLASSIQUE AUX ETATS-UNIS

Dans les années 80, Gérard s’installe à Serpette. Le classique, c’est son truc. Il apprend sur le terrain, la meilleure des écoles, auprès de marchands déjà expérimentés. Il aiguise son œil au contact des plus beaux objets et dès qu’il se sent prêt, se met en chasse de l’ancien. Il parcourt tout le XIXe, avec une passion toute particulière pour le Second Empire.
A la fin des années 90, Gérard a réussi son pari. A la tête de trois stands à Serpette, il est devenu l’un des antiquaires incontournables de Paul Bert Serpette pour le mobilier classique. Le buffet 1880 en ébène avec pierres dures incrustées, c’est chez lui qu’on le trouve !
Un jour, Gérard en a marre. Il en a trop vu, trop fait, trop vendu. La nouveauté, c’est le moteur de sa vie. Il faut que ça bouge, que ça change, que ça déménage ! Une prise de risque s’impose et rapidement. C’est un surprenant grand écart qu’il opère alors. Après avoir présenté les plus beaux trésors du Vieux monde, voilà qu’il s’entiche du Nouveau à travers la figure tutélaire de Paul Evans.

L’AMERIQUE DE GERARD

Sculpteur et orfèvre de formation, Paul Evans a marqué son époque et son pays en pleine ascension politique et économique par son utilisation audacieuse des métaux : or, cuivre, étain,… Son style grandiloquent, brutal et spectaculaire devient un symbole de l’Amérique des Trente Glorieuses, riche, puissante et omnipotente. Chez lui, chaque meuble est pensé comme une œuvre d’art sans jamais oublier son aspect usuel. Impossible de rester de marbre face à ses pièces monumentales. « J’aime et je recherche ce qui me fait vibrer » sourit Gérard. Avec les créations de Paul Evans, le tour est joué. De Miami à Saint-Ouen, Gérard débusque ces tables, lampes, enfilades démesurées, vestiges d’une toute-puissance passée.

« On use très vite ce qu’on aime » assure Gérard. Son remède : une constante inconstance, un art de la surprise toujours renouvelée, une quête sans fin de l’inattendu.
Le jour où son sourire s’effacera, où son rire s’affaiblira, comptez sur lui, Gérard ira voir ailleurs. Mais ce n’est pas demain la veille qu’on se le dise !

Gérard Guignard, Allée 1, Stands 19-20, Serpette