Gérard Mizel, l’insatiable

A l’image de son stand, Gérard Mizel passe d’une anecdote à une autre avec une ferveur inépuisable. Instinctif et curieux, ce marchand vous propose une sélection de pièces éclectiques pour lesquelles il saura vous compter la légende et peut-être même vous convaincre de les aimer…

 

Parlez-nous de votre parcours

J’ai commencé par travailler dans un bureau d’étude en tant que dessinateur industriel pour finalement démissionner à la suite d’un désaccord avec mon directeur technique, n’écoutant que la fougue de ma jeunesse. A cette même période mon père étant en convalescence, je me suis lancé dans les travaux pour refaire sa chambre et lui rendre son quotidien plus agréable. J’ai ainsi découvert la pose de papier peint, puis me suis formé à la pose de tissu. De fil en aiguille, les clients me parlaient de projets plus ambitieux tels qu’une cuisine à installer, du marbre à faire… Tout ce que l’on me demandait, j’acceptais et me formais sur le tas. Le plaisir d’apprendre, découvrir, d’élargir mon champ de compétences.

Je me suis mis à imprimer des prospectus pour proposer mes services m’amenant à de multiples aventures, aussi enrichissantes que variées, qui m’ont ainsi sensibilisées à la décoration jusqu’à devenir décorateur. Dans les années 80, j’ai alors ouvert ma propre boutique rue Legendre, proposant meubles et objets décoratifs chinois. Quelques temps après, je me suis installé plus loin, dans la même rue, pour ouvrir une boutique plus orientée « broc ». Je commençais à flirter avec le milieu des antiquités…

 

Justement, comment en êtes-vous arrivé à devenir antiquaire ?

Un ami d’enfance, également marchand à Paul Bert Serpette, m’a mis le pied à l’étrier. Un jour, il m’a aidé à distribuer des prospectus aux particuliers pour trouver des antiquités à acheter. J’ai très vite réalisé que ce métier était fait pour moi. J’étais capable de chiner, de faire confiance à mon œil, de laisser parler mon goût pour ensuite le proposer à d’autres et gagner ma vie de la sorte. J’ai alors développé mon réseau, je revendais mes trouvailles dans mon magasin. Puis des amis m’ont aussi emmené déballer sur les trottoirs, à Vanves par exemple. Je m’estime chanceux, tout s’est plutôt bien enchaîné pour moi.

 

Pourquoi vous être installé à Paul Bert Serpette ?

A chaque déballage et foire que je faisais, je vendais à des marchands de Paul Bert Serpette.  Je connaissais bien les remises de St Ouen mais j’étais intrigué par la réputation de Paul Bert Serpette et le rayonnement des marchands, présents partout pour dénicher les perles rares. J’ai ainsi décidé qu’il serait judicieux de m’installer à la source, là ou marchands et professionnels du milieu fourmillent. Je suis arrivé vers 1998, si mes souvenirs sont bons, et je proposais de l’Empire, du Jacob, du XXème. J’ai très vite réalisé que la réputation du marché était justifiée, c’est un point de vente fabuleux ou professionnels de renom et clients avertis du monde entier viennent chiner.

 

Quel est votre rapport au métier ?

Je me considère un peu comme négociant. J’ai toujours fait et acheté ce qui me plaisait dans la vie, le sentiment de liberté est très important à mes yeux. J’achète pour vendre, mais j’ai confiance en mes choix. Je conçois mon métier de façon pyramidale : vous trouvez en bas les chineurs qui s’évertuent à trouver les trésors oubliés pour ensuite les revendre à un autre maillon de la chaîne, architectes, décorateurs ou Galeristes …

 

Et quels « trésors oubliés » trouve-t-on sur votre stand ?

J’expose principalement du mobilier et des objets XXème siècle. Je fonctionne au coup de cœur. Récemment j’ai acheté une commode hollandaise XVIIème, sans même savoir à quel décor je pourrais l’intégrer. J’essaie tout de même d’organiser mes stands de façon harmonieuse afin de proposer aux clients une vue d’ensemble relativement cohérente. La Clientèle de Paul Bert Serpette a un l’œil exercé et sait ce qu’elle veut. Une fois sur mon stand, chaque client focalise son œil sur le style auquel il est sensible.

Tout est question de feeling, je suis parfois attiré par des pièces sans même en connaître l’histoire, la signature ou l’origine, ce travail se fait après l’achat dans ce cas. Le rapport à l’objet est presque de l’ordre de l’intime, de la confiance, nous pouvons être attiré par une pièce de façon quasi irrésistible. Un ami marchand avait pour habitude de dire « Quand tu achètes une grosse pièce, pense d’abord à combien tu es prêt à perdre ! ». Il y a une notion de risque à prendre en compte dans l’impulsion d’achat, ce qui est d’ailleurs un peu paradoxal. Il est primordial de se faire confiance et se fier à son intuition. 

J’ai plaisir à comparer notre activité à l’éclectisme de mes goûts musicaux. J’aime aussi bien écouter du classique que du jazz et varier les morceaux selon mes humeurs, à l’image de mon stand. Vous trouvez aujourd’hui un ensemble canapé et fauteuils danois XXème mais demain, je peux très bien acheter une commode tombeau…

 

Parlez-nous d’une pièce qui vous tient à cœur

C’est une paire de fauteuils d’Ettore Sottsass, un architecte et designer italien que j’affectionne beaucoup. C’est rare de trouver une paire à la vente. En tant qu’ancien dessinateur industriel, son travail architectural m’inspire. J’ai eu un coup de cœur immédiat pour ces fauteuils, je les ai d’ailleurs achetés sur photo avant même de les voir. Les couleurs sont particulières et me font penser au costume multicolore d’Arlequin. Ils datent des années 80 et le tissu est en parfait état, je ne me lasse pas de les contempler comme de véritables petites œuvres d’art.