Hugo Greiner, un jeune antiquaire averti

Plongé dans l’univers des antiquités depuis l’enfance, cet amateur de l’Aesthetic movement et de design a fait d’une passion son métier. Embrassez les grands noms du design américain et redécouvrez le mobilier XXème au travers d’anecdotes dont ce jeune antiquaire n’est pas en reste…

Parlez-nous de votre parcours

Mes deux parents étant antiquaires, j’ai très tôt baigné dans le milieu. Enfant, je voyais défiler du mobilier Art Déco, des tableaux surréalistes, abstraits lyriques... J’ai tout de suite su que je voulais faire de l’art mon métier. Au fil des années, je me suis alors intéressé au marché de l’art, sans savoir vers quelle profession précise je m’orienterai. Après deux ans passés à l’école IESA arts & culture en spécialité Peinture, c’est ma curiosité personnelle qui a nourrie ma connaissance du mobilier fin XIXème et XXème. Je suis passionné par le Liberty, l’Art & Craft, l’Art Nouveau belge, la sécession berlinoise, la sécession viennoise… J’ai d’abord effectué divers stages, dans l’organisation de salons, en maison de vente, en galerie, puis j’ai commencé à travailler à Paul Bert Serpette aux côtés de ma mère. Il y a 8 ans de cela, j’ai donc fait l’expérience de la vente et des relations clients le premier mois, puis, dans la suite logique des choses, je me suis mis à acheter. Je me sentais à ma place, je découvrais plus en profondeur ce que j’avais finalement côtoyé depuis toujours.

 

Avez-vous une spécialité ?

Très jeune, j’ai découvert le design américain qui n’était, à l’époque, pas encore sur le devant de la scène. Sensibiliser d’autres personnes à ce travail m’a alors beaucoup plus. Entre coup de cœur visuel, enthousiasme de l’apprentissage et plaisir de l’échange. Vous trouverez notamment sur mon stand du mobilier de T. H. Robsjohn-Gibbings, dont je vais présenter une belle commode en septembre, du Adrian Pearsall, dont le travail était autrefois confondu avec celui de Vladimir Kagan, et donc vendu en tant que tel. Vous pourrez également succomber pour le cityscape et les pièces plus brutalistes des débuts de Paul Evans, des meubles de Paul Franckl…

Si les lignes du design américain me parlent tout particulièrement, ma sélection n’est pas limitée et je craque aussi bien pour du mobilier XXème scandinave (ayant beaucoup inspiré les américains) que du mobilier français signé Guy Lefèvre ou bien Henri Fernandez par exemple.

 

Comment envisagez-vous votre métier ?

J’aime découvrir de nouveaux objets et avoir le luxe de choisir ceux qui me plaisent. Cette liberté du métier permet de dévoiler un peu de sa personnalité au travers de sa sélection. Un meuble ne se vend pas comme une sculpture ou bien une tapisserie. Il faut aimer l’objet et aimer en parler. Afin de pouvoir en parler, il faut alors sans cesse approfondir ses connaissances, la documentation est d’ailleurs une partie de mon travail qui me passionne.

J’ai toutefois remarqué que je n’achetais pas un objet d’art de la même façon qu’un meuble. Je fonctionne au coup de cœur pour les objets, je laisse parler mon goût, aussi incongru puisse-t-il être. Je peux ainsi craquer pour une terre cuite de Maurice Savin des années 30-40 et une lampe de Riccardo Scarpa dans un même temps. Concernant le mobilier, j’envisage davantage la capacité de vente, l’achat est plus réfléchi. J’essaie par la suite de valoriser les meubles avec les objets pour un peu d’harmonie.

 

Que représente Paul Bert Serpette pour vous ?

Mes parents étaient installés à Paul Bert, en extérieur, Paul Bert Serpette accompagne donc mes tendres souvenirs d’enfance. J’ai également en tête d’excellents souvenirs de mon premier stage à Paul Bert Serpette effectué à mes 19 ans, l’ambiance entre marchands et l’atmosphère stimulante… A la différence de mes parents, j’ai choisi de m’installer dans Serpette pour la confidentialité qu’offrent les allées privées de lumière naturelle. J’aime présenter mes pièces en jouant avec l’éclairage et un stand en intérieur est donc idéal.

Après avoir travaillé presque 5 ans en galerie, je constate que la fréquentation que l’on ne voyait plus à Paris arpente les allées du Marché, avec une approche différente, plus directe. L’effervescence qui se crée par moments est alors magique. Je me sens bien ici et j’espère y faire mes armes aussi longtemps que possible !

 

Parlez-nous d’une pièce coup de cœur 

Je présente en ce moment une commode d’Heywood Wakefield en érable sycomore que j’affectionne tout particulièrement. J’ai déjà acheté ce modèle par le passé mais dans ces dimensions, cela est rare. Ces commodes sont très souvent à 6 tiroirs et celle-ci en possède 9. J’aime l’aspect sculptural de cette pièce, dans la mouvance brutaliste des années 60, le bois est beau, la teinte est chatoyante…