Jean-Marc Jager, le collectionneur

Jean-Marc Jager, the collector
Jean-Marc Jager, the collector

S’arrêter sur le stand de cet antiquaire installé à Paul Bert Serpette depuis 38 ans, c’est un peu comprendre son riche parcours de collectionneur. Luminaires, photographies, sculptures africaines… quel pourrait en être le mystérieux dénominateur commun ? C’est en discutant avec cet amoureux des objets que la cohérence de cet ensemble nous saute rapidement aux yeux… Le point commun s’appelle Jean-Marc Jager, marchand/collectionneur.

Quel est votre parcours ?

A 14 ans je rêvais d’être photographe de mode pour côtoyer de belles filles. Finalement, après deux années de fac infructueuses, je me suis retrouvé dans l’enseignement. A ce moment-là, j’ai découvert que l’on pouvait s’ennuyer dans son métier et cela a été catastrophique pour moi.

Dès l’âge de 20 ans, j’ai eu beaucoup de plaisir à chiner, je ne pouvais pas m’en empêcher. Cela me vient de ma passion pour les livres que, très tôt, j’ai commencé à accumuler. Livres d’art, sur la peinture, la photographie, puis sur l’art primitif… J’ai une très grande collection. Au bout d’un moment, je me suis dit qu’il fallait que ces livres me servent à autre chose qu’à les lire et j’ai voulu trouver les masques que je voyais sur les pages. C’est comme cela que je suis entré dans le plaisir d’être acheteur. Avec un petit pincement au cœur qu’implique la revente, on bascule dans l’état de marchand.

Mon grand plaisir, c’est d’être très heureux de me lever le matin, pour partir chiner. Mon deuxième plaisir, c’est la collection. Être antiquaire, c’est le meilleur moyen de chiner pour sa collection personnelle. J’ai toujours fait des collections qui étaient en décalage avec ce que je présentais sur mon stand. Quand je vendais des tableaux dans les années 80-90, je collectionnais des luminaires. Quand j’ai commencé à vendre mes luminaires, j’ai commencé à acheter de l’art primitif. C’est une façon de fonctionner qui m’a permis de me faire plaisir. En tant que marchand, je suis aussi collectionneur et je n’arrive pas à séparer les deux.

En ce moment que trouve-t-on sur votre stand ?

Actuellement sur mon stand, on arrive à un mélange de tout ce qui m’a toujours passionné. Je me retrouve avec des tableaux, des luminaires, qui pour moi ne sont pas de simples objets d’éclairage mais de vraies sculptures lumineuses, et maintenant, des objets d’art africains. Mon stand est un reflet de mes collections successives et de mes coups de cœur.

Qu’aimez-vous particulièrement dans l’art africain ?

Ce qui me touche dans l’art africain, c’est le phénomène de l’inventivité quant à la figuration d’un personnage. Les artistes africains ont inventé des formes de figuration des plus étonnantes. Dans la culture occidentale, on a commencé à représenter la figure humaine d’une autre façon, uniquement à partir du moment où des artistes comme Picasso, Vlaminck ou Derain l’ont fait découvrir en s’en imprégnant dans leurs œuvres. Je suis fasciné par cette autre vision de la figuration de l’art africain qui a fait que le 20ème siècle brise les conventions habituelles de la représentation humaine.

Quel est votre coup de cœur du moment ?

Je viens d’acheter ce masque du Burkina Faso, qui vient d’une toute petite ethnie appelée les Toussians. C’est un rare masque planche, et pour moi un véritable tableau moderne abstrait. Cet objet a été créé pour faire de la divination. Il est orné de miroirs cassés volontairement, représentant une divinité inconnue, aussi bien pour le porteur du masque que pour celui qui le regarde. En le portant, le Grio peut d’un seul coup ne plus être un être humain, mais devient divin et dans ce cas-là, la personne qui se trouve en face est obligée d’obéir à ce masque.

Pour vous que représente Paul Bert Serpette ?

Paul Bert Serpette est une seconde famille, durant 38 ans, j’y ai passé la moitié de chaque semaine de ma vie !

C’est un lieu très stimulant. En une journée, on peut y croiser des gens complètement différents. Les gens qui viennent ici ont en général, une idée assez précise de ce qu’ils veulent, sont des passionnés et connaissent très bien les objets. Parfois même, ils en savent plus que nous sur certaines choses et les échanges sont alors très enrichissants. Les clients nous apportent autant que ce que nous pouvons leur apporter. Nous avons des gens du monde entier, et quand les gens sont passionnés il n’y a pas de barrière du langage. En un regard parfois on se comprend…