L’œil aiguisé d’Yvan Royer

Chez Yvan Royer, lignes épurées côtoient belles matières, dans un esprit raffiné. Succombez à la sélection de ce marchand passionné, qui vous présente la fine fleur des arts décoratifs du XXème siècle, ponctuée de ses coups de cœur.

Racontez-nous votre parcours 

Après un cursus à Science-Po, de l’économie et de la finance, une licence en histoire de l’Art et un master en stratégie de marque, j’ai travaillé dans le marketing, puis dans une agence de design graphique. J’ai fait cela un certain nombre d’années durant lesquelles j’ai œuvré auprès de marques de luxe, d’alcool et de cigarettes.

Parallèlement à cela, j’ai très vite nourri une grande passion pour les objets. J’habitais tout près de Drouot où j’allais tous les jours, j’étais absolument fasciné par cet endroit. Ce fut ma meilleure formation, c’est grâce à cela que j’ai forgé mon œil. C’est ainsi que j’ai commencé à acheter des objets. J’ai réellement mis un pied dans le métier au moment où l’un de mes amis m’a proposé de travailler avec lui dans une galerie qu’il allait ouvrir rue de l’Université. Il m’avait demandé de l’aider car nous étions complémentaires dans nos goûts. A l’époque, j’étais directeur d’étude à la SOFRES, c’était un tout autre monde !

En 2006, j’ai décidé de m’installer seul, rue Saint Georges. Dans cette galerie que j’ai toujours, j’exposais au départ peu de meubles, mais beaucoup d’œuvres d’artistes contemporains. J’y faisais un vernissage par mois, ce qui était un très gros rythme.

Comment êtes-vous arrivé à Paul Bert Serpette ?

Je suis toujours venu chiner aux Puces, je connaissais beaucoup de marchands et j’étais très ami avec Catherine Millant, l’ancienne propriétaire de mon actuel stand. Un beau jour, celle-ci m’a fait part de son souhait de le quitter. Il se trouvait qu’à ce moment-là, j’étais en train de chercher un nouvel espace.

Cela fut très naturel pour moi de prendre ce stand à Paul Bert Serpette, c’était une nouvelle ère. Dans la galerie rue Saint Georges, il y a une surabondance d’objets alors qu’ici, j’essaie toujours de faire en sorte que les choses soient lisibles, de faire une scénographie. J’ai besoin d’être dans un univers avec des objets que j’aime, que j’ai choisi.

Que trouve-t-on sur votre stand ?

On retrouve beaucoup de mobilier et de luminaire, marqué par un gout pour les années 60 et 70. J’aime particulièrement l’esprit Riviera 1960, très chic, avec toujours la ligne, le dessin, les matériaux comme critère premier de mes choix. Le raffinement et la simplicité de la ligne, réunis dans des objets de grande qualité. Mes matériaux de prédilection sont le bois et le marbre.

Je ne suis pas à la recherche systématique d’une grande signature, je fonctionne davantage au feeling.

Quel est votre rapport à l’objet ?

Je ne fonctionne qu’au coup de foudre. Il faut que ma rencontre avec l’objet soit une évidence. J’ai la petite étincelle ou pas… J’ai toujours fonctionné comme cela.

Que représente Paul Bert Serpette Pour vous ?

Très jeune déjà, c’est ici que je suis toujours venu, je ne me serais donc pas installé ailleurs. C’est un musée à ciel ouvert, mais où l’on peut tout acheter et rencontrer de vrais connaisseurs. Les marchands ont un œil fantastique et sont parfois même plus pointus que les historiens d’Art. Si vous avez le bonheur qu’ils vous délivrent un peu de leur savoir, c’est merveilleux !

Avez-vous une pièce qui vous tient à cœur à nous présenter ?

J’aime particulièrement ma dernière acquisition. C’est un superbe banc brésilien en palissandre, attribué à la designeuse brésilienne Fatima Arquitetura Interiores (FAI) et qui est daté vers 1960. En premier lieu, j’ai été attiré par la matière, puis par la simplicité du dessin et la qualité du travail de l’ébéniste. On y voit la main humaine et la main de la nature… La veine du bois est magnifique et l’assemblage est parfait. Ce meuble, c’est tout ce que j’aime ; l’épure, la simplicité, la qualité…