Les boites laquées japonaises, dans l'œil de Vanessa Rau

Inro, kogo, natsume, bento, il existe au Japon une multitude de boites… Pour y placer onguents, encens, thé, mets délicats, ou pour y cacher ses secrets, les boites japonaises sont également un formidable terrain de jeu pour les artistes laqueurs. Vanessa Rau pose aujourd’hui son regard sur une superbe boite en bois laqué de l’ère Edo.

Nous sommes en présence d’une boite en bois sculpté et laqué. Le rebord est en argent, ce qui est typique des boites très nobles. L’intérieur et le dessous sont en nashiji, une laque à base de poudre d’or, ce qui montre la très haute qualité du travail. Le décor est réalisé avec un aplat noir sur la base, sur laquelle sont utilisées plusieurs techniques de laques, notamment celle du maki-e, qui utilise des poudres métalliques, étalées avec des tubes de bambou ou des pinceaux fins sur la laque encore humide.

Le décor, très poétique, présente un jardin fermé avec une palissade derrière laquelle se trouvent des jeunes pousses de saule pleureur et des cerisiers en fleurs, ce qui signifie que l’on est au printemps. Des carrés de feuille d’or sont apposés pour donner un effet de volume et suggérer des herbes sur le petit monticule. Ce décor est lié à la boite, le jardin est fermé, comme la boite qui renferme ses secrets. Le travail en takamaki-e, c’est-à-dire en relief, rend le décor vivant.

Au Japon, on retrouve toujours dans les décors, un détail qui ancre la scène dans une saison. Ce rapport important à la nature vient du shinto, religion animiste dans laquelle la nature tient une place centrale. Le Japon est un pays extrêmement violent au niveau de la nature. Typhons, raz de marée, tremblements de terre, été très chaud et humide… Les japonais ont conscience que la nature demeure la seule maitresse et que tout est éphémère.

Prouesse technique et virtuosité de la réalisation nous questionnent sur le rapport au temps qu’entretenaient les artisans japonais. Durant le sakoku, période de l’ère Edo où le pays était complètement fermé sur lui-même pendant 250 ans, les japonais ont eu le temps de développer leur art au maximum. Cette boite en est un parfait témoignage.