Parole d’expert : A la table de Samuel Collin

Orfèvrerie de maîtres, porcelaines fines, cristal de Bohême… Si ces termes font partie du champ lexical des arts de la table, n’oublions pas que les arts populaires regorgent également de fascinants objets en tout genre, faisant partie intégrante des traditions culinaires. Cette semaine, Paul Bert Serpette vous propose donc de vous attabler avec Samuel Collin, marchand spécialiste des arts et traditions populaires qui vous éclairera sur ce délicieux sujet…

Comment se mettait-on à table ?

Si dans la noblesse du Moyen-Age, l’on s’assoie déjà à table pour manger, ce n’est pas le cas dans les milieux paysans. Les tables servaient davantage à la confection des repas. Le midi, le repas était pris sur le lieu de travail et la soupe du soir était dégustée au coin du feu, assis à califourchon sur un banc. Ce n’était qu’au moment des fêtes que la table telle que nous la concevons aujourd’hui était dressée.

Quels objets retrouve-t-on sur les tables populaires ?

Les assiettes ne sont apparues qu’autour du XVIIIème siècle. Avant cela, seuls les bols et les écuelles étaient utilisées. Les couverts quant à eux, étaient très peu nombreux. Le couteau étant réservé au maitre de maison, les autres membres de la famille n’avaient à leur disposition qu’une cuillère. Chacun avait la sienne portant une marque particulière servant à la reconnaitre. C’est pour cela que l’on trouvait dans les maisons, des portes-cuillères.

De nombreuses poteries étaient présentes sur les tables, et pas seulement chez les paysans. Durant la période médiévale et jusqu’au XVIIème, la céramique populaire (terre vernissée, grès, poterie…) se trouvait aussi sur les tables des Princes, chez la noblesse et la bourgeoisie. A Saintonge, les suiveurs de Bernard Palissy ont produit une céramique beaucoup plus populaire, ce sont des pièces remarquables en terre vernissée, que l’on trouvait partout sur les grandes tables et qui faisaient entièrement partie des arts de la table. Il est possible de l’observer sur les tableaux anciens, les pièces d’art populaire apparaissent tout aussi bien sur les tables paysannes que sur les tables bourgeoises et même nobles !

Outre les poteries, l’on retrouve très fréquemment sur les tables des réchauffe-plats. Les modèles en cuivre ou en laiton sont bien connus, mais il en existe aussi de très populaires en terre vernissée.

Avez-vous une pièce coup de cœur ?

Aimant particulièrement les objets normands, j’ai choisi ce réchaud de table en terre partiellement vernissée au manganèse, datant du XVIIIème. Ces réchauds de table étaient destinés à être posés au milieu de la table, le bol supérieur rempli de braises et permettaient de garder les plats au chaud ou de cuire des aliments rapidement comme des œufs. Devenus rares aujourd’hui, il était fréquent à l’époque de les trouver dans presque chaque maison. Ces objets d’usage ancien, étaient déjà fabriqués à l’époque médiévale.

Je présente également cette terrine normande du XVIIIème siècle, en terre vernissée jaspée au manganèse. Cette pièce est particulièrement touchante par la représentation du lièvre, à la fois rustique mais néanmoins finement travaillée dans les détails réalistes de la morphologie du lièvre. Ces terrines étaient mises sur la table les jours de fête ou lors d’occasion festives familiales particulières. Le pâté de lièvre était cuit dans ce gîte et directement présenté aux convives.