Parole d’expert : Christophe Dupouy, plein feu sur Gino Sarfatti

Sur le stand de Christophe Dupouy, le design lumineux de Gino Sarfatti revient comme un doux refrain que l’on garde en tête. Ce marchand éclairé, intarissable et passionné saura vous montrer les pièces les plus emblématiques du designer italien, et bien plus encore si vous prenez le temps de vous arrêter pour observer toutes les pièces sélectionnées par cet œil affuté.

Quel est votre parcours ?

J’ai travaillé pendant 30 ans dans la musique en tant qu’ingénieur du son, réalisateur et producteur. En même temps, j’étais collectionneur de pièces du 20ème siècle. A mes 50 ans, j’ai décidé de changer de vie. Je suis venu à Paul Bert Serpette, j’ai vu qu’il y avait un stand à louer et très rapidement je me suis installé ici en présentant tout ce que j’avais accumulé en collection. Ayant acheté ma marchandise 10 ans auparavant, j’étais complètement hors marché, mais finalement cela a très bien fonctionné. Je me suis formé tout seul, j’ai tout appris sur le tas. Je me suis fait un œil, c’est le secret du métier. Je retrouve les mêmes similitudes avec mon ancien métier. Dans la musique, j’avais une oreille et je créais des espaces sonores, maintenant j’applique les mêmes règles avec mes yeux qu’avec mes oreilles. Tout comme un équilibre des sons, il y a un équilibre des formes.

Parlez-nous de votre passion pour Gino Sarfatti

J’ai rapidement découvert le travail de Gino Sarfatti, à l’occasion d’une exposition à la Triennale de Milan en 2012, qui avait eu lieu pour l’anniversaire de sa naissance. J’ai eu un coup de foudre, un véritable choc émotionnel. Il y a une telle variété dans son travail et en même temps une telle unité… Il a réalisé plus de 1000 lampes qui sont toutes complètement différentes et dotées d’une technicité qui me parle beaucoup.

Il dessinait, créait et vendait les modèles, gérait toute la chaine de production au sein d’Arteluce, la maison d’édition qu’il avait créée et qui a rapidement eu un grand succès.

Gino Sarfatti aimait dire qu’il fabriquait des appareils d’éclairage, et non des lampes, chaque pièce avait une fonction précise. L’esthétique n’était pas son but premier, l’important était sa fonctionnalité, la manière qu’elle avait d’éclairer et la façon dont elle pouvait être manipulée. Il a conçu des lampes que l’on peut bouger, tout était fait en sorte pour que la personne puisse adapter la lumière à son gout. On a toujours cette notion de pouvoir modifier l’appareil d’éclairage pour faire de la lumière, ou bien juste une zone d’ombre.

Gino Sarfatti est la première personne à avoir utilisé le plastique autour des fils électriques. Le fil fait partie intégrante de la lampe, il ne cherche pas à le cacher et s’en sert pour donner un mouvement supplémentaire à l’objet.

Il a suivi toutes les nouvelles technologies de l’époque comme le néon et les lampes à filament. A chaque fois qu’un fabriquant sortait une nouvelle ampoule, cela lui donnait une idée de lampe. L’année de la sortie du premier néon, il a réalisé un lampadaire, alors même que c’était un matériau destiné aux usines. Cette pièce est maintenant devenue la pièce la plus iconique.

Pouvez-vous nous présenter l’une des pièces de votre stand ?

Je présente en ce moment la lampe 584/P que Gino Sarfatti a réalisé en 1957. On trouve dans cette pièce, tout son génie. Elle est à la fois ludique grâce à sa couleur, et techniquement très bien faite. On ne voit jamais de vis dans une lampe de Sarfatti, tout est monté et réalisé au plus simple. En haut de l’abat-jour, des perforations servent à éliminer la chaleur qui est à l’intérieur, mais quand on voit le travail de ces trous, on comprend bien qu’il y a tout de même une recherche esthétique. La tige qui sert avant tout à attraper la lampe afin de pouvoir la déplacer aisément est également travaillée afin qu’elle soit très facile à attraper. Sur le piétement, il utilise une peinture granitée, que l’on retrouve dans beaucoup de ses pièces. Cette peinture très résistante était également utilisée pour les moteurs de voiture. Il l’utilise sur la base de la lampe car c’est souvent la partie qui est la plus vite abîmée. C’est une pièce que j’aime beaucoup.

Que représente Paul Bert Serpette pour vous ?

Paul Bert Serpette est le seul endroit où j’ai envie de travailler. C’est le haut lieu de la seconde partie du 20ème, je suis très bien dans ce marché. Je n’ai pas l’intention de bouger. Je m’ouvre aussi à de nouveaux projets, je serai notamment présent au PAD en mars et j’y présenterai de nombreuses lampes.