Parole d'expert, Remix Gallery - Starck, plastique et chaise Boom Rang : Plastic Starck

©Tom Vack - 1992
©Tom Vack - 1992

« Tous les hommes, pour être heureux, doivent goûter au plaisir de posséder un objet de Philippe Starck ». C’est ainsi qu’Alessandro Mendini aimait présenter Starck au milieu des années 80.

Pourtant, si Mendini, fondateur du mouvement Alchimia, revendiquait un éclectisme exubérant de formes, de couleurs et de motifs, les années 80 en France sont marquées par l’utilisation massive du métal noir et par une esthétique minimaliste radicale. Mais Starck est un créateur protéiforme.

En 1985, au cœur du mouvement français post-moderne, Philippe Starck réalise le fauteuil Richard III, tout en plastique et entièrement évidé, véritable exercice de style autour du fauteuil Bridge. Mais n’y voyez pas une contradiction. Son travail est né avec le plastique. A la fin des années 60, il créait déjà des structures gonflables en plastique pour Pierre Cardin. Car il n’y a pas de style Starck, mais une méthode : créer pour surprendre.

Le milieu des années 80 marque en réalité pour Starck le début d’une longue série d’objets réalisés à partir du plastique. On se souvient tous de sa brosse à dents révolutionnaire "Dr. Kiss" pour Fluocaril en 1989, tant sa forme était nouvelle et ludique. Mais ce que Starck expérimente sur ses petits objets, ses « drapeaux » comme il les appelle, il le concrétise fin 80-début 90 par du mobilier entièrement réalisé en matière plastique.

Si ses chaises en plastique les plus populaires furent massivement produites dans les années 2000 par Kartell, la chaise « Boom Rang », éditée en 1992 par Aleph-Driade est une pièce iconique et charnière dans son évolution. Produite en petite série sur une courte durée, elle est entièrement réalisée en polyuréthane, matière émancipatrice qui permet à Starck de changer ses règles de création et de production. Le polyuréthane lui offre un nouveau terrain de jeu avec de formes plus complexes et plus organiques.

Ainsi, la chaise « Boom Rang » reprend de manière évidente le profil du boomerang par son dossier courbe et aérodynamique. Sa conception est un jeu sur les proportions, sur l’équilibre, sur la mise en mouvement, sur la légèreté mais surtout sur l’intelligence de l’objet.

Avec cette chaise, Starck fait du plastique un élément de représentation et de spectacle. Et quel spectacle !

 

photo ©Tom Vack - 1992