Pierre Sabatier, un sculpteur hors normes

Artiste en marge de tout circuit commercial et peu connu du grand public, Pierre Sabatier a consacré sa vie à l’édification d’une œuvre monumentale qui s’inscrit dans les grands courants artistiques des 30 glorieuses. Adhérent au mouvement « Le mur Vivant » qui milite pour l’intégration de l’art dans l’architecture, il s’impose comme l’un des protagonistes majeurs de ce courant.

Il réalise d'abord des céramiques et des mosaïques avant de s’orienter vers le métal qui restera son matériau de prédilection. Dès les années 70, il collabore avec les architectes importants de l’époque pour réaliser des décors gigantesques destinés à des lieux publics ou les sièges de grandes entreprises comme Axa ou BNP. La façade de l’immeuble Rochas, rue François 1er à Paris est une de ses œuvres les plus emblématiques...

Né le 20 mars 1925, Pierre Sabatier a vu le jour à Moulins, dans l'Allier, où il a forgé ses premières années d'études. Après les ravages de la guerre, il a pris la direction de Paris, où il a puisé à la source de la création artistique entre 1949 et 1952, en fréquentant les bancs de l'école Nationale Supérieure des Arts Décoratifs ainsi que ceux de l'école Nationale des Beaux-Arts, se spécialisant notamment dans l'atelier de fresque.

Porté par une passion indéfectible pour l'art égyptien, les civilisations assyriennes, et la majesté des cathédrales, Sabatier s'est rapidement intéressé aux techniques permettant à la peinture et à la sculpture de fusionner harmonieusement avec l'architecture. Son admiration pour Le Corbusier, dont l'œuvre et les écrits ont joué un rôle moteur dans son cheminement artistique, a été un catalyseur puissant dans sa quête de fusion entre les arts et l'architecture.

L'avènement en 1966 du premier numéro de la revue "LE MUR VIVANT", portée par des figures éminentes telles que Raymond Lopez, Maurice Novarina et Le Corbusier, a marqué un tournant décisif pour Sabatier et ses pairs, engagés dans la lutte pour l'intégration des arts dans le cadre architectural. Sa démarche artistique a trouvé écho dans ce mouvement naissant, le conduisant à s'y investir pleinement.

La mise en place, au début des années 50, de la réglementation sur le 1% artistique a ouvert pour Sabatier les portes de ses premières commandes publiques, concrétisant ainsi ses aspirations à créer des œuvres monumentales. Ses débuts se sont illustrés par d'imposantes compositions murales en céramique ou en mosaïque, habillant aussi bien les façades extérieures que les espaces intérieurs de bâtiments publics. Toutefois, son penchant pour le métal s'est affirmé dès les années 70, devenant progressivement son matériau de prédilection.

Sollicité par des architectes de renom tels que les frères Arsène-Henry, Michel Herbert, et bien d'autres, Sabatier a prêté son talent à la décoration des intérieurs de vastes immeubles de bureaux érigés à la Défense. Sa collaboration avec Luc et Xavier Arsène-Henry a abouti à la conception d'une impressionnante composition en cuivre martelé et oxydé, marquant les fondations même de la Tour Aquitaine en 1967. Cette œuvre a été l'occasion pour lui de perfectionner sa technique de fresque à l'acide, une caractéristique majeure de son œuvre.

L'empreinte artistique de Sabatier s'est étendue à travers une myriade de bâtiments, qu'ils soient privés ou publics, en France comme à l'étranger. Soutenu par une équipe d'assistants au sein d'un atelier vaste et foisonnant, il a manipulé avec virtuosité l'acier, l'étain, le laiton, l'aluminium et le cuivre pour donner vie à des œuvres d'une inspiration organique, évoquant des paysages façonnés par les éléments naturels.

Son œuvre, fluide et en constante évolution, s'est inscrite dans une vision holistique de l'architecture, où chaque élément, qu'il soit mural ou sculptural, participe à une symphonie architecturale plus vaste. Son génie créatif s'est également exprimé à travers des réalisations emblématiques, telles que la façade éphémère du siège de la société Parfums Rochas en 1974 ou la sculpture-signal "Voilures" pour le Pont de Boulogne – Billancourt en 1994.

Pierre Sabatier s'est éteint à Paris en 2003, laissant derrière lui un héritage monumental, varié, et profondément ancré dans l'histoire de l'architecture contemporaine. Son talent a été salué par plusieurs distinctions prestigieuses, et ses œuvres sont aujourd'hui conservées avec respect au sein des collections du Centre Georges Pompidou à Paris.

21 ans après sa disparition, une monographie de 400 pages est publiée aux Editions de l'Amateur