Valérie Bouvier, pur produit des années 80

Portrait of Valérie Bouvier
Portrait of Valérie Bouvier

Terminé le brushing trop laqué et le body en lycra. A Paul Bert Serpette, l’essence même des années 80 se concentre sur le stand de Remix Gallery. Pur produit du culte de la joie et de l’audace qu’offraient ces années-là, Valérie Bouvier est tout naturellement devenue ambassadrice de cette esthétique qui nous titille tant la rétine. Du Starck, du concept, de l’épure, laissez l’enthousiasme vous gagner à l’idée même d’aller rencontrer cette passionnée.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Mon parcours est assez amusant. A 15 ans j’ai eu une révélation en visitant une exposition de Niki de Saint Phalle au Musée d’Art Moderne. Le choc esthétique fut si fort qu’en sortant de l’exposition j’avais trouvé ma voie : je voulais être Niki de Saint Phalle ! Inspirée par sa liberté, son travail sur la forme, la couleur et la féminité, j’ai voulu entrer aux Beaux-Arts et quand j’ai pu le faire à 17 ans, ma vie a réellement commencé. Après avoir également étudié aux Arts Décoratifs de Strasbourg, je me suis lancée dans une carrière de plasticienne, puis j’ai travaillé pour Arte en tant que 1ère assistante de réalisation.

Parallèlement à tout cela, j’ai toujours chiné et été collectionneuse. Ma mère était antiquaire et avait une boutique dans le 7ème arrondissement et avec mon frère, nous avons commencé à travailler avec elle. De son côté, mon frère s’est alors installé à Paul Bert Serpette, quant à moi, je faisais des conférences dans les musées et des ateliers d’art plastique pour les enfants. Un beau jour, mon frère me dit qu’un stand se libérait dans son allée et qu’il était temps que je me lance. C’est ce que j’ai fait, voilà maintenant 5 ans. J’ai eu envie de présenter quelque chose de différent de ce que l’on pouvait trouver sur le marché et surtout qui n’avait pas encore été exploré et dont l’aspect plastique m’attirait.

Pourquoi cette passion pour les années 80 ?

Les années 80 me parlent de mon enfance, j’en connais l’esthétique par cœur… Les brushings de ma mère, ses vestes à épaulettes et ses gros bijoux Christian Lacroix. C’est une période extrêmement prolifique et gaie, les gens font la fête, ce sont les années Palace, les années Ardisson, les années Starck…

J’aime toute la culture des années 80 ! J’admire Yves Saint Laurent, je suis fan de Kim Wilde et je voue un culte absolu à Top Gun !

Durant ces années, il y avait une effervescence complètement folle dans le domaine de la création et du design. Ce qui me passionne, c’est que tout est à découvrir ! Quelques ouvrages existent, mais c’est tout de même un territoire assez vierge à explorer. J’aime dénicher des noms de designers et d’architectes ayant réalisés des petites séries et avoir la chance de les rencontrer.

Bien que mal aimées dans le domaine de la création et du design, les années 80 sont en réalité d’une grande sophistication et marquées par l’arrivée de jeunes très créatifs qui inventent, s’autoproduisent, utilisent de nouveaux réseaux, tout en étant soutenus par l’Etat. C’est un grand coup de frais !

Pour vous que représente Paul Bert Serpette ?

Pour moi c’est en premier lieu une histoire de famille, car mon frère y était installé. Ensuite, c’est l’endroit où il faut être si l’on veut parler d’antiquité et de design. Je ne pouvais pas choisir un autre marché, c’est ici que tout se passe car il y a une clientèle internationale. On y rencontre des gens de partout, de tous les milieux et de tous les univers. On crée des liens forts avec des clients, certains sont même devenus des amis.

La marchandise que je présente étant assez pointue, Paul Bert Serpette est réellement le lieu adapté car c’est un marché qui bénéficie d’une clientèle de connaisseurs.

Quelle est la pièce de votre stand qui vous tient à cœur en ce moment ?

Le néon « Easy Light » de Philippe Starck, de 1979. Pour moi, il représente le luminaire typique emblématique des années 80. Il est iconique. C’est une pièce futuriste, minimaliste et radicale, qui apparait dans le film Total Recall, de Paul Verhoeven, tiré d’un roman de Philippe K. Dick. Dans ce film, une grande partie du mobilier et des luminaires sont de Starck.

Ce néon a quelque chose d’un peu ludique, puisqu’il est doté d’un interrupteur au mercure et s’allume par rotation. Quand Philippe Starck est venu sur le stand la dernière fois, il m’a expliqué qu’au départ, il les fabriquait tout seul, dans son studio. J’aime ce côté artisanal, ce travail de plasticien.

Cette pièce est au carrefour du néon de night-club, du bâton de majorette et de la sculpture lumineuse.

C’est aussi une référence à l’art minimal Américain, à des artistes comme Bruce Nauman ou Dan Flavin. D’un seul coup on ne parle plus que d’un simple objet, mais aussi d’espace, de mise en scène, c’est une histoire qui se raconte. Tout ceci rend cette pièce d’autant plus emblématique des années 80, car c’est une période où les meubles, au-delà de leur fonction, sont scénographiques et scénographiés. Il y a toute une réflexion intellectuelle derrière le meuble, qui n’est pas fabriqué pour être confortable, mais parce qu’il doit dire quelque chose.

Andrée Putman résumait ceci à merveille, quand elle répondait à la question « est-ce confortable ? » en disant « On verra, c’est secondaire. Voyons d’abord si c’est beau. Le confort, c’est visuel ».