Voyagez sur la route de la soie avec Alain Zisul

Take the Silk Road with Alain Zisul
Take the Silk Road with Alain Zisul

 

Chez Alain Zisul, les trésors ne se trouvent pas à l’intérieur des exceptionnelles malles anciennes soigneusement sélectionnées, mais bel et bien dans chaque recoin de son stand. Prenez plaisir à chiner la délicatesse d’un carré Hermès ou le prestige d’un sac Kelly, tout en partageant avec ce marchand passionné l’histoire des grandes maisons de luxe.

Quel est votre parcours ?

Comme beaucoup de marchands ici, mon parcours est atypique puisqu’à l’origine je travaillais dans la finance… Mes parents ont ouvert le stand que j’occupe actuellement, en 1989 et à la suite d’un problème de santé, mon père a du lever un peu le pied. Mon épouse et moi sommes donc venus le relayer le week-end et j’ai trouvé cela bien plus amusant que de manipuler des chiffres derrière un ordinateur. Même si financièrement c’était un petit peu plus difficile, c’était en tout cas bien plus épanouissant. Au bout d’un certain temps mon père est parti à la retraite et j’ai repris son stand. Ayant vu des malles et des sacs durant toute une partie de ma vie, l’apprentissage a donc été assez rapide.

Mon père a été le premier à vendre du Hermès d’occasion, il a fortement contribué à lancer la mode du vintage.

Que trouve-t-on sur votre stand ?

Des malles bien évidemment car j’ai toujours aimé cela, même avant que mon père ne fasse ce métier. Quand j’étais enfant, j’avais une grande malle où je rangeais mes jouets ; elles sont un peu ma madeleine de Proust et m’évoquent la chasse au trésor.

Vous trouverez sur mon stand quatre grandes marques en priorité : Vuitton, Hermès, Chanel et Goyard. Je présente des sacs bien sûr, mais également des accessoires comme des cendriers, des vides poches et d’autres petits objets.

J’ai également un feeling particulier avec les carrés Hermès, car ils représentent une très grande variété artistique. J’ai une grosse collection personnelle et il y en a toujours sur mon stand. Le premier carré a été réalisé en 1937, à l’origine ils étaient destinés aux jockeys qui les portaient durant les courses pour reconnaitre le propriétaire du cheval. Maintenant on peut les porter de plein de manières différentes.

J’aime que mon stand ne soit pas trop rangé afin que l’on puisse fouiller, c’est l’esprit des Puces. Je n’ai jamais voulu vitrer mon stand, pour que les visiteurs du marché puissent toucher et que les pièces puissent être plus accessibles.

Qu’aimez-vous dans votre métier ?

Je me sens davantage collectionneur que marchand. Ce qui me plait particulièrement dans ce métier, c’est d’avoir l’occasion de rencontrer des gens très différents. On peut aussi bien rencontrer le PDG de Google, qu’un jeune couple désirant effectuer un tout premier achat. Dans le métier d’antiquaire, il y a un côté un peu écologiste avant l’heure, car on donne une seconde vie aux objets.

Pour vous que représente Paul Bert Serpette ?

C’est un endroit magique car il est unique au monde. Paul Bert Serpette est comme un musée vivant, qui bouge, d’un week-end à un autre, on ne voit jamais les mêmes choses. Il y a une grande diversité d’objets et il y en a pour toutes les bourses.

La clientèle y est très différente, tant au niveau du statut social, qu’au niveau des nationalités.

 

Avez-vous une pièce qui vous tient à cœur en ce moment sur le stand ?

J’ai cette une malle Vuitton qui faisait partie de ma collection personnelle. Je la vends car je vais déménager et elle n’ira plus dans ma nouvelle chambre et je le fais presque la mort dans l’âme. C’est une malle à chaussures qui date des années 1930. Elle est en parfait état et sa couleur est magnifique, tout s’emboite parfaitement. Elle me tient vraiment à cœur et j’aimerais la vendre à quelqu’un qui saura réellement l’apprécier.

Avez-vous une dernière anecdote à nous raconter ?

J’aimerais vous raconter l’une de mes premières ventes. C’était mon tout premier lundi, j’avais un petit marche pied de l’Orient Express en bois qui me servait de présentoir. Mon père me l’avait prêté mais ne voulait pas que je le vende. Un client américain arrive et me demande combien je le vends. Je lui ai donc dis qu’il n’était pas à vendre, mais il a pourtant insisté. Je lui ai dit que j’allais lui donner un prix tellement élevé qu’il ne pourrait pas l’acheter. Il a quand même voulu savoir, je lui ai donc donné un prix aberrant, peut-être 10 fois le prix que cela valait réellement. Il me tend sa carte et me dit : « done ». Il me dit ensuite « Première leçon fils, dans la vie tout a un prix ». Cet homme était un grand marchand New Yorkais, spécialiste des trains et particulièrement de l’Orient Express.