Wladimir Sokoloff, la liberté du métier

Passionné par les antiquités et collectionneur depuis son plus jeune âge, Wladimir Sokoloff est un autodidacte assoiffé de liberté. Il chine comme il vit, ayant pour maîtres son cœur et sa curiosité. Amoureux de l’Ancien, laissez-vous envoûter par cet antiquaire à l’âme d’enfant pour qui objets riment avec désir et plaisir de conter.

 

Parlez-nous de votre parcours

Issu d’une famille de russes blancs empreinte de traditions, une soif de liberté est très tôt née en moi. Une fois mes études secondaires terminées, je me suis alors affranchi du cocon familial. Quelques petits boulots alimentaires s’en sont suivis ainsi que plusieurs séjours en Afrique. J’ai effectivement traversé le Sahara à trois reprises, une sorte de voyage initiatique pendant lequel j’ai découvert d‘autres cultures, une rencontre avec le monde et par conséquent, avec moi-même.

Mon âme de collectionneur était quant à elle déjà bien présente depuis l’enfance. Vers mes 10ans, je trainais mon père aux Puces pour chiner et alimenter mes collections, ce qui avait le don de l’exaspérer. J’arpentais les allées de Paul Bert Serpette, à la recherche de trésors. Cet amour pour les antiquités m’est venu assez naturellement, entre curiosité et désir de l’objet. Intrigué par le milieu des antiquaires, j’ai ainsi commencé par faire de la récupération près de la Porte de Vanves, là où j’habitais. J’y ai rencontré plusieurs marchands bienveillants qui m’ont incité à me lancer. J’ai donc embrassé le métier aux Puces de Vanves et immédiatement su que j’étais à ma place, là où je me sentais le mieux.

 

Comment envisagez-vous votre métier d’antiquaire ?

C’est un enchaînement de jours qui ne se ressemblent pas puisque chaque pièce que l’on chine diffère d’un jour à l’autre… Le rapport à l’achat est presque de l’ordre du désir, si j’ose dire, avec toute la dimension « sensuelle » en lien avec l’objet et le besoin de le voir, le sentir, le toucher. J’achète uniquement au coup de cœur, chaque nouvelle trouvaille est le fruit d’un émerveillement total. Je garde cette même candeur face à une nouvelle pièce et ce même plaisir d’effectuer des recherches afin d’en identifier l’origine. Comme les enfants, j’aime aussi me raconter des histoires avec les objets, je créée mon propre conte au travers de décors. Je me réapproprie le monde, la culture et restitue ma perception au travers de mon stand, nourriture de l’imaginaire.

La liberté qu’offre ce métier est aussi considérable. Nous sommes maîtres de nos journées et pouvons chiner n’importe où dans le monde, au gré de voyages. C’est un métier nomade qui, malgré lui, a créé une sorte de confrérie. Si un marchand en rencontre un autre, une reconnaissance naturelle opère, comme s’il existait une grande famille d’antiquaires à travers les frontières, amateurs d’objets et passeurs d’histoires. Antiquaire depuis environ 35 ans, je considère toujours cette profession comme spéciale et ludique. J’apprends, je gagne, je me trompe… J’ai encore mille et une choses à découvrir et cette perspective m’enthousiasme…

 

Que représente Paul Bert Serpette pour vous ?

Ce marché réunit une clientèle cosmopolite que l’on ne trouve nulle part ailleurs, fruit de sa notoriété. J’ai un attachement particulier à Paul Bert, la partie ouverte du marché, que je fréquente depuis les années 1970. Ayant besoin de lumière et d’être en contact avec ce qui m’entoure, j’aime être en extérieur pour ressentir chaque saison, je veux frissonner en hiver et sentir la chaleur de l’été. Je garde de précieux souvenirs de mon arrivée à Paul Bert Serpette en 1994, l’histoire du Marché contées par les anciens, l’éclectisme des stands et le partage de savoir entre pairs, indispensable pour former les successeurs. Ces antiquaires expérimentés sont encore présents et continuent de nous narrer l’histoire d’objets improbables tels des contes et légendes d’antan. La culture de ces marchands intemporels rayonne encore, j’aime à les appeler des « touche à tout de génie ».

 

Que trouve-t-on sur votre stand ?

Certains marchands se spécialisent et font le choix d’être très pointus dans un domaine bien précis. Personnellement, je n’arrive pas à dompter mon goût. J’ai toujours envie de laisser parler la plus folle de mes envies. Je présente néanmoins majoritairement de l’Ancien, j’aime le fait qu’un objet ait été façonné à la main et l’aspect « vie antérieure » qu’il présente. Qui l’a façonné ? Quelle utilité avait-il ? Quel symbole représente-t-il ? La métaphore du coffre au trésor pour qualifier un stand m’inspire beaucoup, un stand sur lequel on pourrait presque découvrir une peau de chagrin dans un coin…

 

Sur mon stand, vous trouverez aussi bien une commode vénitienne laquée du XVIIIème siècle, qu’une table de présentation de bourgmestre de suisse alémanique ou encore des projets de costumes de théâtre de Shakespeare datant des années 40… J’aime la délicatesse d’un objet mais également le mystère qui plane autour. J’ai en ce moment un tableau allégorique de la fin du XVIIème siècle, dont personne ne trouve la réelle symbolique… Mes recherches ne sont pas terminées et donnent lieu à de multiples échanges, aussi enrichissants qu’amusants.  

 

Présentez-nous une pièce coup de cœur

J’ai craqué pour ce fond baptismal en terre-cuite que je ne saurais dater pour le moment. J’ai été très intrigué par cette pièce et sensible à son esthétisme, la patine du pieds, la qualité du travail, le moulage des chouettes. Il provient d’un manoir breton et m’a été vendu en tant que cache-pot, je n’ai pas d’histoire concrète, uniquement des postulats mais c’est là toute la magie de l’objet. Mes recherches m’orientent vers un usage religieux, les chouettes sont des représentations christiques, la forme en diabolo est typique des fonds baptismaux, la face humaine est probablement inspirée de l’ancien testament et les animaux fantastiques symbolisent les enfers. Il y a un petit côté ésotérique également, qui me plaît tout particulièrement…