Cette semaine, Maxime de Laurentis évoque avec nous l’avant-gardisme du célèbre Martin Margiela au travers des escarpins « After Party » de la collection Printemps-Eté 2005.
Martin Margiela
Martin Margiela est un styliste belge, créateur de la marque Maison Martin Margiela, devenue par la suite Maison Margiela. Il entre à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers en 1974 et, contrairement à ce que beaucoup pensent, Margiela n’est pas issu de la promotion des Six d’Anvers composée notamment d’Ann Demeulemeester, Dries Van Noten etc… Il fut diplômé l’année suivante.
Une fois promu, il veut s’initier au monde du textile et décide de rentrer en immersion chez Jean-Paul Gaultier, en 1984. Sa rigueur l’honore et, après avoir fait ses armes chez le célèbre couturier, Martin Margiela lance sa propre marque en 1988. Très marqué par toute l’exposition médiatique à laquelle il assistait lors de ses années chez Jean-Paul Gaultier, Margiela s’est fait la promesse d’embrasser l’anonymat et de ne travailler qu’au service du vêtement pour le vêtement. Pas d’interview, de photo ou de salut à la fin des défilés… Ses vêtements portent ainsi des étiquettes blanches cousues de quatre fils facilement découplables pour ceux qui souhaiteraient les enlever.
Martin Margiela a également accepté de prendre la direction artistique de diverses maisons, telle qu’Hermès pendant 8 saisons. Leur collaboration a d’ailleurs fait décoller le Prêt à Porter de cette prestigieuse Maison de luxe. Martin Margiela est réputé pour son avant-gardisme et sa capacité à créer des nouveaux concepts, avec la seule envie de créer des pièces uniques artisanales, fabriquées à partir d’objets ou vêtements récupérés. Récupérer, déconstruire : enlever les doublures, mettre les vêtements à l’envers…
Escarpins « After Party »
La paire de chaussures dont on parle aujourd’hui provient la collection Printemps-Eté 2005. L’un des thèmes de cette collection consistait à détourner le vêtement en le faisant pivoter à 90degrés, une grande première ! La déconstruction, l’usure, constituent également un thème majeur de cette saison chez Margiela.
Ces chaussures se nomment « After Party » parce qu’elles sont présentées usées à la main, métaphore de l’usure des chaussures en fin de soirée, altérées par la danse et les aléas de la nuit. Les chaussures peuvent effectivement se frotter entre elles lors de fêtes endiablées et le créateur a utilisé un polissage au papier de verre pour reproduire cet effet usé. L’escarpin est « déconstruit » et n’a pas les finitions habituelles d’une chaussure bien finie. Normalement le cuir devrait être gansé ou bordé d’une finition, or, sur ce modèle, il n’en est rien.
Le talon semble également abîmé et tourne en queue de tire-bouchon. Ce détail fut partie prenante du show à l’époque. En effet, le défilé s’est opéré sans musique, avec pour rythme, le bruit des talons « abîmés » s’enfonçant dans un sol précaire composé de morceaux de cartons disposés nonchalamment. La chaussure est très présente dans l’univers Margiela et inspire les collections au fil des années. Le modèle « After Party » a d’ailleurs influencé le maquillage des mannequins lors du défilé en 2005. La célèbre maquilleuse belge Inge Grognard a reproduit l’altération des chaussures avec des glitter parsemés sur le visage des top modèles et des broches ou pinces « usées » placées dans les cheveux.
Petit clin d’œil en ce moment même à la Fondation des Galeries Lafayette dans le Marais avec une rétrospective de Margiela l’artiste. En effet, depuis 2010 Martin Margiela s’est retiré des radars de la Mode pour se consacrer à une carrière d’artiste accompli exploitant ses thèmes phares tels que l’agrandissement à 200%, les altérations retranscrites en peinture…