Au premier regard, voilà une malle qui ne paie pas de mine. Noire, volumineuse, sans distinction apparente, si ce n’est sa dimension, qui étonne. Plus haute que large, elle ne dispose pas de l’ouverture longitudinale des malles wardrobes. Un bagage énigmatique donc. Et pour cause, puisqu’il s’agit d’une malle pour nacelle d’aérostat. Une rareté de 1906 signée de la maison Louis Vuitton.
Une malle pour les airs
A l’origine de cette malle, il y a Georges, fils de Louis Vuitton, à l’affût, en ce XXème siècle qui débute à peine, de toutes les nouvelles opportunités de voyages. Aux côtés de l’automobile, du chemin de fer, et du paquebot, de nombreux aventuriers se piquent d’utiliser les airs pour leurs déplacements de loisirs. L’aviation n’en est encore qu’à ses balbutiements, et c’est donc en dirigeables que l’on survole les campagnes. Si ce mode de déplacement aérien permet d’embarquer plusieurs personnes, la question du poids s’avère cruciale. Les malles que Georges Vuitton demande à ses ateliers de concevoir, n’alourdiront pas l’aéronef.
Sur les bords, de la « lozine »
Ainsi cette malle pour nacelle d’aérostat, est-elle fabriquée en peuplier pour la légèreté du matériau, et recouvertes de toile enduite noire. Pour la rigidité des parois, on retrouve les baguettes de chêne qui enserrent la malle comme sur l’ensemble des modèles de la maison parisienne. Ici le célèbre monotype LV s’est fait des plus discrets. Le regard du spécialiste le retrouve sur les clous ainsi que sur les arêtes en « lozine », cette ancêtre de la bakélite, matériau caractéristique du Vuitton 1900. Des bords typiques, donc, que complètent des poignets en cuir. Un niveau de finitions qui classe cette malle au dessus de l’entrée de gamme aux bords métal, mais en deçà du niveau supérieur, à bords cuivre et poignets en laiton. Comme sur chaque pièce Louis Vuitton, un numéro de série, n° 560 498, tamponné à l’intérieur du couvercle, permet de terminer l’authentification de cet étonnant bagage.
Un succès éphémère
Dès sa présentation à l’exposition universelle de Milan les malles Vuitton pour nacelle d’aérostat sont distinguées. Il faut dire qu’outre leurs fonctionnalités initiales (2 volumes intérieurs amovibles permettent de ranger linges et vaisselle de voyage) les malles se révèlent de précieuses auxiliaires. En cas de chute en mer ou sur un plan d’eau, les volumes, délestés de leurs ustensiles, offrent une sécurisante réserve de flottabilité à la nacelle d’osier. Las, les rangs des admirateurs de Montgolfier vont se réduire comme peau de chagrin. Les exploits de Santos Dumont, qui en octobre 1906 réussit son premier vol homologué de 25 mètres, et le décollage de l’aviation moderne, signent rapidement l’obsolescence du ballon dirigeable, et avec lui le déclin de ces malles peu communes. Il faudra attendre près d’un siècle pour que Elisio Das Neves, spécialiste de ce type d’objets, en identifie une paire. Les seules, à ce jour, en 17 ans de métier.
Malle Louis Vuitton pour nacelle d’aérostat
Dimensions 97X90X52 cm